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les reproduisirent avec empressement, en prédisant à Herschel l’immortalité. « Cela place sir John bien haut dans la science, » disait avec gravité le Daily Advertiser de New-York. D’autres journaux furent jaloux de la bonne fortune du Sun, et, ne comprenant pas la fraude, annoncèrent qu’eux aussi avaient reçu ces brillantes nouvelles, et qu’ils les publieraient dans leurs plus prochains numéros avec de nouveaux détails.

Pendant que le Sun marchait dans cette voie splendide, un nouveau rival se levait, qui devait un jour le laisser dans l’ombre. Un jeune Écossais, qui depuis dix ans cherchait fortune sur tous les pavés de l’Union, et promenait son active personne de Boston à Washington, de Washington à Richmond, et de Richmond à New-York, M. James Gordon Bennett, édita en mai 1835 le New-York-Herald. Il commença ce célèbre journal, le seul journal américain qui soit généralement répandu en Europe, pauvre de fonds, mais riche d’espérances. Comme il fallait vivre en attendant, il eut recours à des stratagèmes qui ne le cédaient certainement en rien au moon hoax. Le Pline, l’Isocrate américain qui nous a fait en quatre cent quatre-vingt-huit mortelles pages le panégyrique de cet étrange héros, raconte ces stratagèmes avec une candeur qui déconcerte et désarme. De temps à autre, on voyait apparaître dans le New-York-Herald de faux messages du général Jackson ou de M. Marcy, alors gouverneur de l’état de New-York. C’étaient là les coups de fouet par lesquels l’ingénieux publiciste stimulait la curiosité de ses lecteurs et excitait les colères de ses confrères. Les uns riaient, les autres grognaient, mais tout le monde lisait le facétieux journal. Un ami rencontre un jour M. Bennett et lui reproche ses plaisanteries trop multipliées. « Bennett, qu’est-ce que cela signifie ? quand donc serez-vous sérieux ? M. Bennett répondit par un mot digne de Molière : — Je veux faire un journal pour la foule, et non pas pour Wall-Street (la rue où s’imprimaient les journaux antérieurs à la penny press). Je suis toujours sérieux dans le but que je poursuis, mais je suis quelquefois enjoué dans les moyens que j’emploie. » C’est ainsi que fut fondé le New-York-Herald. Le parti démocratique avait son organe dans la presse à bon marché, le parti whig devait avoir le sien. Son organe dominant était alors le Courier and Enquirer, journal d’un prix relativement élevé : dix dollars par an. MM. Horace Greeley et Raymond se chargèrent de combler le vide, et en1841 apparut le premier numéro du New-York Tribune, qui fut pour le parti whig ce que le New-York Herald était pour le parti démocratique. Désormais la révolution était opérée, et un nouveau régime était établi pour la presse américaine.

Cette révolution eut des conséquences ailleurs que dans la presse ;