Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/762

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L’abbé Dubuis, se trouvant à Fredericksburg, vit arriver en ville plus de mille Comanches, Wakos et autres, revenant de la chasse. Ils entrèrent avec des cris terribles qui épouvantèrent la population. Ils s’étaient coiffés des têtes des animaux qu’ils avaient tués, apportant des milliers de peaux de buffle, de lion, de tigre, d’ours et de panthère. Beaucoup de leurs femmes les accompagnaient : elles ont en général une beauté sauvage et féroce ; leur chemise est une peau de chevreuil, et elles se font une sorte de cuirasse avec des dents de sanglier et de bête fauve alignées sur leur poitrine comme des brandebourgs de hussard. Souvent elles chassent avec leur mari, car le Comanche est polygame et peut épouser autant de femmes qu’il veut à la condition de donner à chacune un cheval. Un officier américain m’a assuré qu’il avait vu une femme indienne affublée de la peau d’un lion qu’elle avait tué elle-même, et quoique le lion du Texas, n’ait pas de crinière, il n’en est pas moins très gros et très redoutable. Quand les Indiennes voyagent avec leurs enfans en bas âge, elles les pendent à la selle avec des courroies qui leur passent entre les jambes et sous les bras. Les soubresauts du cheval, les branches, les broussailles, les heurtent, les déchirent, les meurtrissent : peu importe, c’est une façon de les aguerrir. Quand l’enfant est encore à la mamelle, la mère le loge sur son dos dans une couverture, et si elle veut l’allaiter, elle lui tire la tête par-dessus l’épaule et l’abaisse jusqu’au sein : l’enfant boit la tête en bas et les jambes en l’air, et le lait lui monte dans l’estomac.

Un vieux prêtre allemand, presque aveugle et pourtant naturaliste passionné, eut un jour l’idée de parcourir à pied l’intervalle qui sépare Braunfels de Fredeficksburg, afin de recueillir sur le chemin des curiosités scientifiques. Il partit un beau matin, n’ayant pour tout équipage qu’une double paire de lunettes fixée sur son nez, une boîte de fer-blanc suspendue à ses épaules et quelques provisions de bouche. Dès le premier jour, sa boîte se remplit de plantes rares, ses poches se chargèrent d’échantillons minéralogiques, son chapeau se couvrit d’insectes piqués avec des épingles, et comme il avait tué des serpens, il les noua et les laissa pendre autour de son corps. Le lendemain il tua encore un serpent à sonnettes de sept pieds de long, lequel vint aussi enserrer deux fois sa taille et lui servir de ceinture. Il marchait gravement dans ce grotesque attirail, ne se doutant pas de l’effet pittoresque et bizarre qu’il aurait produit s’il avait été vu. Cherchant toujours à ses pieds de quoi surcharger encore son accoutrement bariolé et ne regardant pas devant lui, il alla donner dans une troupe de Comanches qui chassaient le chevreuil. Cette collection ambulante de plantes, d’insectes et de reptiles, qui s’avançait vers eux d’un air calme, les effraya : ils se sauvèrent, mis en déroute par cette apparition surnaturelle. Le troisième jour, l’Allemand