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ne connais pas d’état plus malheureux que celui de malade imaginaire ; c’est presque une monomanie flottant continuellement entre la crainte et les remèdes, sans sortir du malheur. Je doute que la grande autorité du secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences guérisse aucun de ces infortunés.


II

Le livre de M. Flourens contient deux autres parties, l’une relative à la quantité de vie sur notre globe, et la seconde à l’apparition de la vie sur cette planète. Buffon avait déjà admis que la quantité de vie qui existe sur la terre est toujours la même ; on sait que Buffon, comme plusieurs penseurs de son époque, admettait un certain nombre de particules organiques qui étaient indestructibles, et qui formaient par leur ensemble la masse totale de vitalité existant sur notre terre. Nous savons si peu de chose sur la nature de la force vitale, que la théorie de Buffon et des naturalistes de son temps a toujours paru fort hypothétique. L’observation nous montre clairement une différence tranchée entre les phénomènes de la vitalité et ceux de la nature inorganique compris dans les lois de la mécanique, de la physique et de la chimie ; mais la personnification, l’individualité de la force vitale nous échappe aussi bien que l’essence de la volonté animale ou de l’âme humaine. M. Flourens, rejetant les molécules organiques de Buffon, s’exprime ainsi : « J’étudie la vie dans les êtres vivans, et je trouve deux choses : la première, que le nombre des espèces va toujours en diminuant depuis qu’il y a des animaux sur le globe, et la seconde, que le nombre des individus dans certaines espèces va toujours en croissant, de sorte que, à tout prendre et tout bien compté, le total de la quantité de vie, j’entends le total de la quantité des êtres vivans, reste toujours en effet, comme le dit Buffon, à peu près le même. » A mon tour, je ne vois pas quelle mesure, quelle pesée, quelle estime quantitative on peut faire de la vie pour affirmer qu’elle est à peu près toujours la même. La prédominance de l’homme et des animaux domestiques qu’il fait subsister autour de lui semblerait faire penser que la vitalité terrestre s’augmente de jour en jour. M. Flourens trace ici un beau tableau des espèces anéanties depuis les temps historiques. La race sauvage du bœuf, du cheval, du chameau, du chien, a disparu. On peut ajouter que le mouton et la chèvre ne sont que des domestications fort douteuses du mouflon et du bouquetin. Le loup a disparu de l’Angleterre, et il tend à disparaître de la France. Suit un tableau encore plus brillant des espèces antédiluviennes qui ont abandonné