Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/837

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annonce, a dit lord Palmerston dans le parlement, que le plus jeune membre de la chambre des communes ne verra pas l’Angleterre obligée de nouveau à courir aux armes. » Acceptons cet heureux augure. Maintenant que les deux pays sont unis par un lien si étroit, le même pronostic doit s’appliquer à la France.

L’agriculture est parmi nous ce qui a le plus langui depuis deux ans. Privée à la fois par la guerre de bras et de capitaux, elle a eu encore à lutter contre les intempéries. Le prix des subsistances, s’élevant à l’excès, a donné la mesure du déficit. L’imagination publique s’en est émue. On a compris que l’intérêt de l’alimentation nationale passait avant tout. On demande à grands cris que la paix soit féconde pour la culture : préoccupation fort naturelle et fort légitime assurément, et dont on ne saurait trop se féliciter, parce qu’elle répond en effet au plus pressant de nos besoins, mais qu’il n’est pas facile de satisfaire à court délai. L’intérêt agricole, ce n’est rien moins que l’intérêt national à sa plus haute puissance. L’agriculture est la plus immense des industries ; elle occupe à elle seule plus de bras et donne plus de produits que toutes les autres ensemble ; sa grandeur même met un obstacle à la rapidité de ses progrès, car le moindre de ses mouvemens exige un énorme déploiement de forces, et quand ces forces sont en jeu, comme elle a besoin de la lente révolution des saisons pour faire un pas, elle ne peut se passer de temps.

La tendance naturelle de l’esprit français, dans ces circonstances solennelles où une grande nécessité nous pousse, nous porte à beaucoup attendre du gouvernement. Sans doute le gouvernement doit donner l’exemple ; il ne faut pourtant pas lui trop demander. Ce n’est pas par le bien qu’il lui fait directement que l’état peut beaucoup agir sur l’agriculture : c’est par la facilité, par la sécurité qu’il lui donne, et qui lui permet de grandir d’elle-même. Les mots d’encouragement et d’impulsion ne sont ici que bien rarement applicables. Quel encouragement spécial peut être assez puissant pour exercer une action sérieuse sur une pareille masse d’intérêts ? Comment distinguer ces intérêts innombrables ? comment les séparer de l’intérêt général, dont ils sont la principale expression, et qui se con fond invinciblement avec eux ? On comprend qu’il soit possible d’encourager une minorité ; la majorité ne peut être encouragée que par elle-même. Ce qui n’est pas impuissant en pareil cas peut être dangereux. Qui peut se flatter d’embrasser la variété infinie des besoins, et de ne pas nuire aux uns en essayant de satisfaire les autres ? Toute mesure administrative crée un privilège, sous prétexte de donner une impulsion. Le gouvernement n’est pas absolument désarmé en fait d’agriculture, mais son action a d’étroites limites. Ce qu’il doit chercher avant tout, c’est à ne pas faire de mal à l’agriculture ; il doit mettre son premier soin à lui disputer le moins possible les bras