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des derniers ministres des finances, M. Angelo Galli, confessait sans détour dans un de ses rapports la triste situation économique du pays. Le déficit existait déjà à l’avènement de Pie IX. La révolution est venue, elle n’a point guéri ce mal profond : elle a laissé l’état mal assuré, les moyens productifs diminués, les charges publiques notablement augmentées. Aujourd’hui la dette de l’état exige une somme annuelle de 5 millions d’écus romains en intérêts ; le budget total des dépenses ne s’élève pas à moins de 14 millions d’écus ou 75 millions de francs. Comment faire face à ces charges, qui n’ont fait que s’accroître ? On a eu recours quelquefois à des emprunts, souvent à des impôts extraordinaires, particulièrement à des aggravations des taxes directes. Tous les ans, le pape détermine la proportion dans laquelle l’impôt devra être perçu sur la propriété foncière. Autrefois cette proportion était de 25 pour 100 ; elle s’est élevée successivement à 33 pour 100, et il faut ajouter une surtaxe d’un sixième, qui menace de prendre place dans le budget normal. Malheureusement, pressé par le besoin, le gouvernement romain a fait dans ces dernières années une opération qui est loin d’avoir réussi. Il a frappé une monnaie de cuivre assez grossière qui lui a procuré quelque bénéfice, mais qui lui laisse un embarras bien autrement grave, celui d’une contrebande considérable sur cette monnaie inférieure. Cette contrebande est d’origine anglaise, et elle se fait par les côtes de l’Adriatique ; elle est d’autant plus dangereuse, que la monnaie qui entre ainsi est encore supérieure, dit-on, à celle qui est frappée par le gouvernement romain. — Impôts extraordinaires, surtaxes foncières, opérations sur les monnaies, ce ne sont là bien clairement que des remèdes quelque peu empiriques, qui créent des ressources plus précaires que sûres, plus périlleuses que sérieuses.

Cependant, qu’on ne s’y méprenne pas, le saint-siège a fait de véritables efforts d’une autre nature pour améliorer la situation financière et économique du pays. Il a créé d’abord cette consulte d’état dont nous parlions, sorte d’assemblée représentative qui concourt à l’examen de toutes les questions de finances. Lorsque Pie IX revint de Gaëte, les difficultés étaient immenses. On sait ce que coûtent les révolutions. La république romaine laissait un papier-monnaie frappé d’une dépréciation considérable. Le gouvernement pontifical n’hésita point à reconnaître ces assignats, et il les a fait disparaître de la circulation par un système de rachat qui n’a point été sans succès, bien que la somme fût élevée et montât à sept millions d’écus. Aujourd’hui les assignats ont disparu. Préoccupé de la nécessité d’accroître le revenu des contributions indirectes, le cabinet papal a révisé le tarif des douanes, abaissé les droits sur un grand nombre d’articles, et il prépare même, à ce qu’on assure, une nouvelle mesure