Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/912

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un pas de plus dans le même sens. L’opinion catholique a trouvé une nouvelle victoire dans les élections récentes. Si l’on a simplement égard au changement que le scrutin apporte dans le personnel de la chambre des représentans, les catholiques n’obtiennent que quatre voix de plus ; mais si l’on considère les dernières évolutions des partis, si on observe que les catholiques, profitant habilement de la scission que les fautes de l’administration Frère-Rogier ont opérée parmi les libéraux, se sont rapprochés des représentans appartenant à la nuance modérée de ce parti, ont appuyé leur candidature et l’ont fait triompher malgré les associations libérales, dont l’influence a considérablement diminué, on doit en conclure que la majorité catholique de la chambre est plus forte de dix voix. Du reste, la lutte a été des plus vives et a eu à coup sûr ses exagérations. Les libéraux avancés ont accusé les catholiques de méditer le renversement de toutes les institutions, les catholiques à leur tour ont accusé les associations libérales de préparer l’anarchie et la dévastation. Le dernier mot appartient au pays, qui vient de se prononcer. En présence d’une semblable manifestation électorale, il parait difficile que le ministère se maintienne tel qu’il est aujourd’hui composé, et on regarde comme inévitable la démission de MM. de Decker, ministre de l’intérieur, et Charles Vilain XIIII, ministre des affaires étrangères, qui ont prouvé en maintes circonstances qu’ils étaient des hommes de conscience plutôt que des hommes de parti. S’ils se retirent, ils seront vraisemblablement remplacés par MM. le comte de Muelenaere et le baron d’Anethin, tous deux ministres d’état et anciens ministres à portefeuille. Quelle serait la politique de ce nouveau cabinet ? Elle se laisse facilement pressentir. Ce serait la politique du parti catholique à l’intérieur. Quant à l’extérieur, une des premières mesures du ministère recomposé serait, dit-on, la présentation d’une loi sur la presse, qui, sans porter atteinte aux dispositions de la constitution, donnerait satisfaction aux réclamations élevées récemment dans le congrès de Paris.

La situation de la Hollande n’est point sans quelque analogie extérieure avec celle de la Belgique. Si les causes et le caractère des faits sont très différens, l’apparence du moins est la même. Il y a en Hollande des élections et un changement de cabinet, changement partiel encore, et qui peut devenir plus général. Le ministre des affaires étrangères, M. van Hall, vient de donner sa démission, et peut-être son exemple sera-t-il suivi par quelques-uns de ses collègues. Comment s’explique la démission de M. van Hall ? C’est une question qui semble encore assez obscure. Est-ce lassitude chez le ministre des affaires étrangères ? est-ce de sa part prévision d’un désaccord possible entre lui et ses collègues au sujet du budget de la guerre, que les uns voudraient diminuer, que d’autres voudraient maintenir tel qu’il est, et qui certainement soulèvera des difficultés parlementaires ? M. van Hall penchait-il pour la diminution, tandis que d’autres membres du cabinet auraient émis un avis contraire ? Enfin, en présence de la décomposition survenue dans les partis à la suite de la réforme du système des impôts, M. van Hall a-t-il craint de se trouver dans une situation qui pourrait un peu ressembler à celle où se trouva sir Robert Peel en Angleterre après ses célèbres réformes des lois des céréales et des lois de navigation ? Peut-être