Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 4.djvu/274

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progressive dans le cours de la rente devait être devenue un sentiment général. De là, passant au sujet qui le préoccupait, « ne doit ou pas, dit-il, considérer comme des malveillans ceux qui, pour avilir les effets publics, s’engagent à en livrer dans un délai convenu des quantités considérables à un cours plus bas que celui du jour ? L’homme qui offre de remettre dans un mois à 38 francs des titres de rentes qui se vendent aujourd’hui au cours de 40 francs ne proclame-t-il pas et ne prépare-t-il pas le discrédit ? ne montre-t-il pas au moins que personnellement il n’a pas confiance dans le gouvernement, et le gouvernement ne doit-il pas regarder comme son ennemi celui qui se déclare tel lui-même ? » Après différens développemens, il ajouta qu’à l’égard des marchés à terme sur le 5 pour 100, il ne croyait pas pouvoir « être plus indifférent que la loi qui les réprouve. »

M. Mollien, avec la modération qui lui était propre et l’urbanité exquise dont il possédait si bien le secret, tint tête à celui dont la volonté était si promptement obéie par tout ce qui rapprochait. Il lui remontra qu’il n’appartenait pas à l’autorité d’intervenir dans des transactions entièrement libres, qui avaient besoin de rester telles, et le seraient toujours, quoi que l’on tentât pour les dominer ; que vainement on avait interdit les marchés à terme par l’arrêt du conseil de 1786, qu’on ne les : avait pas empêchés, et qu’on ne les empêcherait pas. Il exposa comment le vendeur à la baisse devient malgré lui promoteur de la hausse quand arrive le moment de livrer, car alors il faut bien qu’il achète. « Vous ne pouvez pas ne pas tolérer, dit-il, celui qui, voulant disposer dans deux mois de la valeur d’un effet public, fait marché d’avance avec l’acheteur qui lui en promet le prix qu’il veut en avoir, ou celui qui, attendant un remboursement à terme fixe, en assure l’emploi par l’achat d’un effet public livrable à la même date, ou le commerçant qui, ayant des capitaux libres, préfère les fonds publics, à titre de placement temporaire, et trouve l’intérêt de ce placement dans la différence de son prix d’achat et de son prix de vente ? Objectera-t-on qu’à la Bourse les marchés à terme n’ont pas tous de pareils motifs ? Mais faudra-t-il donc renoncer aux lettres de change parce que de mauvais commerçans en abusent ? Il existe à la vérité une différence entre la Bourse et les autres marchés publics. C’est le gouvernement qui fabrique la matière qu’on y met en vente, c’est-à-dire le 5 pour 100, et conséquemment il est fort intéressé à ce que le prix de cette marchandise ne s’avilisse pas ; mais s’il a pris toutes les mesures qui sont toujours en son pouvoir pour que les avantages qu’il a attachés à la possession de la rente demeurent intacts, s’il n’en rend pas la consommation forcée, en contraignant à la recevoir ceux à qui il avait promis de