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quoi qu’il pensât du Credo d’Athanase, il adoptait le symbole de Nicée, et il a sans cesse exposé et démontré sa foi dans la Trinité. Il refusa même longtemps d’accepter pour chrétiens les unitairiens jusqu’à ce qu’il sût distinguer chez les uns un arianisme encore pénétré de la foi de l’Évangile, et chez les autres un socinianisme qui ne se prétend chrétien que par crainte de s’avouer déiste. Celui-ci, il l’eût mis volontiers au ban de la société chrétienne, tandis qu’il a rendu souvent justice à la foi et à la charité de ceux qui, en errant sur la Trinité, prennent Jésus-Christ pour maître, pour sauveur et pour juge.

Arnold a laissé trois volumes d’une Histoire romaine qu’il n’a pu conduire plus loin que la fin de la seconde guerre punique. C’est un ouvrage remarquable, où le système de Niebuhr est rédigé en histoire narrative par un écrivain passionné pour la réalité, et qui a étudié la politique dans Aristote. Ses six volumes de sermons, composés en majeure partie pour l’école de Rugby, sont un cours de religion plus que de théologie. Il y faut chercher moins l’éloquence qu’une connaissance intime et profonde de la doctrine chrétienne, de l’esprit de l’Écriture et des besoins du cœur humain. C’est la sur tout qu’on apprendrait à connaître comment Arnold unissait cette liberté d’esprit, qui venait d’une entière sincérité, avec cette ferveur spirituelle qui s’appuyait sur l’énergie du sentiment moral. On peut ne pas partager toutes ses convictions, il est difficile de n’en être pas touché, parce qu’entre ces convictions et nous ne s’élève pas la barrière d’un attachement servile aux formules d’une tradition officielle, aux commandemens d’une corporation qui se dit sainte. Arnold trouve dans l’Écriture les témoignages de la vie du Christ ; il y apprend à le connaître et à l’aimer. Grâce à ce sens de l’histoire dont il était doué, il découvre en quelque sorte sa personne dans les monumens laissés par ses disciples et par ceux qui les ont entendus, et il se le rend pour ainsi dire présent, à ce point qu’il croit vivre sous les yeux de ce divin maître. Fuir et combattre le mal, aimer et faire le bien, c’est le servir, c’est lui plaire et se rapprocher incessamment de lui, malgré la distance infinie qui sépare l’homme de Dieu. On conçoit que cette foi ardente, morale, pratique, n’a rien d’incompatible avec le libre usage de la raison dans l’interprétation des Écritures. Elle sanctifie cette liberté comme tout le reste, et elle est d’autant plus forte contre les atteintes de l’esprit d’incrédulité, qu’elle ne demande aucun sacrifice au sentiment de la dignité humaine. J’ose le dire, s’il a paru de notre temps des écrits utiles à la cause du christianisme, ce sont les écrits d’Arnold.


CHARLES DE REMUSAT.