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Dieu, il n’importe de quelle manière. » Ce souvenir augmente encore l’intérêt qui s’attache à l’église de Santa-Maria in Trastevere. Les colonnes antiques de granit égyptien de cette basilique et les belles mosaïques qui la décorent me touchent moins que la tradition d’après laquelle elle fut élevée là où de pauvres chrétiens se rassemblaient dans un cabaret purifié par leur piété, pour y célébrer le culte qui devait un jour étaler ses magnificences sous le dôme resplendissant de Saint-Pierre.

Cependant le règne d’Alexandre Sévère vit le martyre de plusieurs chrétiens. Le plus célèbre est celui de sainte Cécile, dont la chambre sépulcrale a été retrouvée par la sagacité de M. de Rossi, qui a fait dans les catacombes tant de découvertes capitales. L’église dédiée à sainte Cécile et bâtie sur l’emplacement de son opulente demeure montre encore la chambre de bains où elle périt. Dans cette église, on admire la statue de la sainte par Maderne, qui la représente la tête à demi séparée du tronc, telle qu’elle a été trouvée dans son tombeau. Ces souvenirs accusent Alexandre Sévère ; ils étonnent, surtout quand on lit dans Lampride que les chrétiens pouvaient publier les noms des prêtres qui devaient être ordonnés, car ceci suppose une assez grande liberté. Ce n’est pas le lieu d’approfondir l’explication que peuvent fournir l’absence de Sévère et l’ascendant d’Ulpien : je le ferai plus tard ; ici, j’ai voulu seulement constater la tolérance incomplète peut-être, mais prouvée cependant par un fait incontestable, d’Alexandre Sévère.

Lampride a été jusqu’à dire que le fils de Mammée avait eu l’intention d’élever un temple au Christ et de l’admettre au rang des dieux. Il n’est pas impossible qu’Alexandre ait eu la pensée de placer en effet le Christ parmi les divinités romaines et orientales que sa piété éclectique honorait. On a dit avec moins de vraisemblance la même chose d’Adrien. En tout cas, il ne pouvait, dans l’une et l’autre circonstance, être question que d’une association avec les divinités païennes, et nul chrétien ne saurait regretter une apothéose qui aurait mis l’objet de son culte à côté d’Antinoüs.

Malgré ses égards pour le christianisme, Alexandre Sévère était païen et païen dévot. Le matin, il adressait une prière aux dieux, quand sa nuit avait été pure. Le septième jour de la semaine, il montait régulièrement au Capitole. J’en admire d’autant plus ce qu’il fit pour les chrétiens : ce fut l’œuvre d’une vraie tolérance, non d’une indifférence dédaigneuse pour tous les cultes ; il les respectait tous au contraire. Il embellit les temples d’Isis et de Sérapis. Sévère paraît avoir eu un respect sincère pour les diverses formes de la religion.

Alexandre continua, comme l’avait fait le premier Sévère, à réparer