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la villa Adriana, où son souvenir s’est perpétué dans les noms de diverses localités. Le Vatican possède un buste qu’on donne pour celui de Zénobie, mais à tort évidemment. La sculpture est trop bonne pour être du temps d’Aurélien, et puis cette femme à l’air spirituel, mais assez laide, ne peut être celle que Trebellius Pollion dit avoir été d’une beauté incroyable, et qu’il appelle la plus belle femme de l’Orient.

Ce fut après son triomphe sur Zénobie qu’Aurélien éleva au Soleil un temple dont on croit reconnaître quelques restes dans le jardin Colonna ; mais il est bien difficile d’admettre que ces restes aient fait partie d’un temple bâti sous Aurélien : ils semblent appartenir à une époque plus ancienne. Les grandes dimensions de ces débris peuvent seules les rapprocher des ruines contemporaines de Palmyre, auxquelles ils sont très supérieurs par le style, et bien que l’art dût être plus parfait à Rome que dans le désert où Zénobie élevait comme par enchantement la cité des caravanes, on ne saurait comprendre comment il eût pu produire, à la fin du IIIe siècle, les fragmens du jardin Colonna, fragmens pour lesquels il est d’ailleurs très difficile de trouver une autre origine. C’est un des problèmes les plus embarrassans que présentent les antiquités de Rome, et je ne prends pas sur moi de le résoudre.

Aurélien entreprit un grand ouvrage qui caractérise bien son règne, ce règne qu’on peut considérer comme un effort contre la décadence. Il entoura Rome d’une enceinte fortifiée. Rome n’avait pas de murailles. Les anciens murs de l’époque des rois avaient depuis longtemps cessé d’être employés comme des moyens de défense, et avaient disparu au milieu des habitations privées. Les Romains pensèrent longtemps, comme le dit un ancien, que leur courage était une défense suffisante, et ne voulurent point d’autres remparts pour la ville éternelle ; mais un jour vint où cette sécurité superbe se troubla. Sous Gallien, les Barbares avaient pénétré en Italie. Sous Aurélien, ils avancèrent sur la voie Flaminia et la voie Aurélia, avec le dessein de prendre Rome. Rome comprit alors qu’elle allait avoir à se défendre chez elle, que le courage de ses légions était un rempart qui ne suffisait plus, et Aurélien éleva cette enceinte qui, refaite en partie par Honorius, réparée successivement de siècle en siècle par les papes, forme encore l’enceinte actuelle de Rome, et ne l’a pas mieux défendue dans les temps modernes qu’au temps des invasions barbares.

Après la mort d’Aurélien, le sénat choisit Tacite et le proposa dans le Champ-de-Mars aux soldats et aux citoyens. Faire l’élection d’un empereur en cet endroit et non dans la curie ou dans les temples, lieux ordinaires des assemblées du sénat, c’était un hommage