Page:Revue des Deux Mondes - 1857 - tome 7.djvu/459

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


avec quelque précision la première de ces questions; pourtant il n’est pas impossible d’arriver à quelques conclusions fort importantes, en examinant quelle est la nature même du trafic dont cette partie du Nouveau-Monde pourrait devenir l’artère. Nous avons vu qu’en adoptant le tarif de 7 fr. 50 cent, ou 1 dollar 1/2 par tonne, on amènerait dans le canal maritime tous les navires pour lesquels l’économie de temps ainsi réalisée s’élèverait au moins à 37 jours. Examinons quel est, pour chacun des grands marchés de l’Océan-Pacifique, le nombre de jours que gagneraient, en passant par l’Amérique centrale, des navires venus soit des ports européens, soit de ceux des États-Unis.

Celui de ces marchés qui contribuerait pour la plus forte part à former le revenu du canal serait sans contredit la Californie. On sait avec quelle rapidité sans exemple cette région s’est peuplée : la soif de l’or, passion aussi vive, aussi frénétique de nos jours que du temps des conquérans espagnols, a jeté des milliers d’émigrans sur les placers du Sacramento. Uniquement occupée à arracher à un sol privilégié la richesse qu’il renferme, cette population, rassemblée de tous les points du globe, a dû jusqu’ici recevoir du dehors tout ce dont elle a besoin, objets de consommation et produits manufacturés de toute espèce. On ne peut comparer la Californie à une colonie ordinaire où la métropole envoie ses produits, et d’où elle tire en échange un certain nombre de matières premières que la sol ne peut fournir, et qui sont nécessaires à son industrie. Le nouvel état n’a payé jusqu’à présent ce qu’il reçoit qu’avec de l’or. Les navires à voiles qui des États-Unis ou d’Europe vont à San-Francisco ne peuvent y trouver de cargaison de retour, et sont contraints d’aller en Chine, dans l’Inde ou dans une partie quelconque de l’Océan-Pacifique; leur chemin naturel au retour est donc le cap de Bonne-Espérance. Ainsi, parmi les navires à voiles en destination de la Californie qui suivraient le canal du Nicaragua ou tel autre canal ouvert dans l’Amérique centrale, un bien petit nombre adopterait cette voie pour revenir.

Il n’est, au reste, pas douteux que ceux qui se rendent aujourd’hui en Californie en doublant le cap Horn ne préférassent suivre le canal. De New-York à San-Francisco, il n’y a pas moins de 17,063 milles par la route actuellement suivie, tandis qu’il n’y en aurait que 5,690 par la route nouvelle. Les vaisseaux à voiles mettent aujourd’hui moyennement de 150 à 140 jours à faire le voyage; par le canal, il ne faudrait que 50 ou 60 jours : il y aurait donc de 90 à 100 jours de gagnés, différence bien supérieure à celle qu’il est nécessaire d’atteindre pour que le canal devienne profitable. Néanmoins, pour la raison que nous avons indiquée, on ne prendrait cette dernière voie que pour l’aller.