Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/445

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prince Napoléon sera probablement adoptée pour les expositions futures, car d’un autre côté il n’est pas inutile d’habituer peu à peu la population à ce système de péages, qui est usité en Angleterre, et qui favorise l’action et l’indépendance des efforts individuels; on hâtera ainsi le moment où des compagnies particulières courront moins de risque à entreprendre les expositions, parce qu’elles trouveront le public mieux disposé à les rémunérer directement. En fixant le tarif à un taux peu élevé, on n’écartera point les visiteurs sérieux, et le péage, si minime qu’il soit, débarrassera les galeries de ces promeneurs oisifs et incommodes qui considèrent une exposition comme un lieu d’asile ou comme un boulevard, et qui n’ont même pas le mérite d’admirer le travail d’autrui. Quant à la foule honnête et laborieuse, l’entrée gratuite accordée pendant un ou deux jours par mois donnera satisfaction à sa curiosité très légitime. Ces divers procédés ont été employés en 1855; il ne paraît pas que l’imposition d’un droit d’entrée ait provoqué la moindre plainte. Le nouveau mode est introduit dans nos traditions, et l’on n’éprouvera aucune difficulté pour l’appliquer à l’avenir.

Mais l’expérience de 1855 a démontré la nécessité d’abaisser presque aux dernières limites les chiffres du prix d’entrée. Le nombre des visiteurs payans a été de 2,182,433 pour le jour où le prix d’entrée était à 20 centimes (le dimanche), et de 2,097,607 pour les jours où le prix était à 1 franc (cinq jours de la semaine). Du 16 mai au 31 juillet, le prix d’entrée fixé pour les vendredis à 5 francs donna 33,926 visiteurs seulement; on le réduisit à 2 francs à partir du 1er août jusqu’au 9 novembre, et le chiffre des visiteurs s’éleva pendant cette période à 95,688. Les billets de saison, d’une valeur de 50 francs ou 25 francs, ne furent pris que par 4,663 personnes pour l’exposition de l’industrie, et par 180 pour l’exposition des beaux-arts. Curieuse statistique, qui attesterait chez le peuple français ou une bien rare parcimonie ou un goût bien peu vif pour les chefs-d’œuvre de l’art ou de l’industrie! Il faut dire, pour notre décharge, que de nombreuses cartes d’entrée gratuite furent délivrées par les soins de la commission impériale à diverses catégories de visiteurs, et que cette sorte de libéralité, limitée d’ordinaire aux soldats et aux invalides, mais étendue cette fois aux journalistes et aux savans, restreignit dans une certaine mesure l’achat des billets de saison, dont on se souvient qu’à Londres le débit avait été si considérable. « C’est un préjugé fort répandu en France que l’homme qui ne paie pas est distingué entre tous, par cela même qu’il jouit d’un privilège d’autant plus recherché que l’égalité a étendu son niveau sur tous les citoyens. » Cette remarque est du prince Napoléon, et nous pouvons chaque jour, même dans les plus vulgaires incidens de la