Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/780

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


L’HOMME DE NEIGE

seconde partie.[1]

III.

Cristiano agissait, comme on fait dans certains rêves où l’on se sent entraîné à accomplir une action invraisemblable, sans pouvoir se rendre compte de sa propre volonté. Tout n’était-il pas invraisemblable dans le milieu où il se trouvait jeté ? Ce fantastique château, appelé le château neuf par antithèse à la masure du Stollborg, mais qui datait en réalité du temps de la reine Christine, et qui, par sa richesse et son animation, semblait tombé des nues au sein d’un désert sauvage ; ces abords de roches brutes et d’eaux fougueuses qui avaient toutes les raisons du monde pour être impraticables, mais où, grâce à l’hiver, d’élégans équipages avaient tracé sur la glace des chemins sinueux et faciles ; les cordons de lumières qui dessinaient dans la nuit la vaste enceinte des murs avec leurs tours trapues coiffées de gros bonnets de cuivre surmontés de flèches démesurées ; le long corps de logis irrégulièrement flanqué de pavillons carrés, et terminé par de gigantesques pignons dentelés de statues et d’emblèmes ; la grande horloge du pavillon central qui sonnait dix heures du soir, heure à laquelle les ours mêmes craignent de secouer la neige où ils sont blottis, et où des hommes, les plus délicats animaux de la création, dansaient en bas de soie avec des femmes aux épaules nues ; tout, dans l’âpre grandeur du site et dans

  1. Voyer la Revue du 1er juin.