Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 16.djvu/862

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vengea en faisant égorger le favori. Ahmed-Shah, profondément irrité, appela à son aide un des grands de son empire, Ghazi-oud-Din, dont il se servit pour chasser Safdâr-Djang. Ghazi-oud-Din fut élevé aussitôt au rang de vizir. Soutenu, lui aussi, par un corps de Mahrattes, il se montra si arrogant, que le faible empereur ne tarda pas à désirer sa chute. Le nouveau vizir détourna le coup en marchant contre son souverain. Il le fit prisonnier et lui creva les yeux, puis, afin de rester maître du pouvoir, il éleva au trône un prince de sang royal qui devait régner trois ans à peine sous le nom d’Alam-Guir II [1]. A force de fermeté, Ghazi-oud-Din réussit à maintenir un peu de tranquillité dans l’empire; mais une sédition éclata parmi les troupes, et le vizir faillit perdre la vie au milieu du tumulte. Il accusa secrètement l’empereur d’avoir excité les soldats contre lui ; pour affermir son crédit, il voulut augmenter son autorité et tenta de se former un état indépendant dans le Pendjab, alors au pouvoir des Afghans. Ceux-ci se levèrent en masse, comme des abeilles dont on a heurté la ruche. Une fois encore ils se jetèrent sur les états de l’empereur, et la malheureuse ville de Dehli, prise par eux, fut impitoyablement saccagée et inondée de sang. Une fois de plus le vizir appela les Mahrattes; avec leur secours, il ressaisit la capitale de l’empire, et, obéissant à ses lâches instincts, il mit à mort le chétif souverain Alam-Guir, qu’il avait lui-même placé sur le trône.

Tandis que ces catastrophes se succédaient dans l’Hindostan, les Mahrattes gagnaient toujours en importance et en puissance; ils étaient devenus comme ces barbares redoutables dont l’empire romain aux abois flattait l’orgueil et achetait le concours à prix d’argent. Un moment vint cependant où, ce rôle ne satisfaisant plus leur ambition, ils résolurent de ramener l’empire de Dehli sous la domination de la race hindoue, dont ils étaient alors les plus solides représentans. Ce projet semble avoir germé d’abord dans le cerveau de Seda-Sheo, — ou plus correctement Sada-Civa, — frère du peshwa Balla-Dji-Rao, politique habile, homme d’état fort instruit dans les finances et dans l’art de la guerre, qui avait fini par concentrer entre ses mains toutes les affaires de la confédération. Une première expédition ayant été résolue, Molhar-Rao-Holkar reçut ordre d’y coopérer avec ses troupes : pareille injonction fut adressée à la famille Sindyah, dont le chef était Djounka-Dji, petit-fils de Rano-Dji. L’armée mahratte traversa tout l’Hindostan, soumettant sans grandes difficultés les places qu’elle rencontrait sur son chemin. Aux environs

  1. Les auteurs anglais ne sont pas d’accord sur la durée du règne d’Alam-Guir II. Selon les uns, ce prince, proclamé en 1753, fut assassiné en 1756 ; selon les autres, il monta sur le trône en 1754 et ne périt qu’en 1759.