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gardes des deux armées, et l’avantage resta du côté des musulmans. Ahmed-Shah continua de marcher en avant, harcelant les Mahrattes par des escarmouches continuelles et leur tuant beaucoup de monde. Ce fut alors que Seda-Sheo prit le parti de former un camp retranché qu’il entoura d’un fossé large de soixante pieds, profond de douze, et que surmontait un rempart garni d’artillerie. Trois mois après, manquant de vivres et de fourrages, il essaya d’en sortir, et perdit la célèbre bataille de Paniput, qui brisa pour un temps tous les ressorts de la confédération mahratte, et prépara la ruine de la seule nation hindoue qui eût encore quelque vitalité.

Nous avons déjà parlé incidemment de la bataille de Paniput [1], et si nous y revenons maintenant, c’est pour en exposer tous les incidens tels que les ont racontés des natifs, musulmans et hindous, témoins oculaires de cette lutte terrible. Une fois enfermés dans le camp dont la ville de Paniput formait un des côtés, les Mahrattes essuyèrent une série non interrompue de défaites : réduits à se défendre, il leur devint impossible de reprendre l’offensive. Seda-Sheo avait eu la pensée de faire intercepter les routes par lesquelles Ahmed-Shah recevait des vivres. Un brahmane du nom de Govinda-Pandite, qui commandait toute la partie du Doab enlevée jadis aux musulmans, fut chargé de cette mission, qui d’abord eut un plein succès; mais le Pandite ayant donné dans une embuscade de Dourranies, ses troupes, frappées d’une panique soudaine, prirent la fuite. Govinda était vieux; tandis qu’il fuyait au galop de son cheval, il fut jeté à terre, et sa tête, coupée par les Dourranies, roula bientôt aux pieds d’Ahmed-Shah. Un corps de cavaliers envoyé à Dehli pour y chercher l’argent nécessaire à la solde des troupes se trompa de route pendant une marche nocturne en revenant au camp. Trahis par leur langage, les Mahrattes, en s’appelant à haute voix dans les ténèbres, attirèrent sur eux les musulmans, qui les taillèrent en pièces. Pendant ce temps, Ahmed-Shah, plein de confiance dans l’issue de la guerre, allait chaque matin, au lever du soleil, réciter ses prières sous une petite tente plantée à plus d’un mille en avant de son armée. Il inspectait lui-même ses troupes, veillant à ce que des postes nombreux fussent disposés sur divers points pour prévenir toute surprise. Afghans, Mogols et Rohillas exécutèrent ponctuellement les ordres d’Ahmed-Shah; ces cavaliers, indisciplinés par nature et indociles par caractère, semblaient des soldats façonnés à l’obéissance et habitués aux fatigues inséparables des longues guerres.

Le blocus du camp des Mahrattes avait commencé le 26 octobre 1760. Vaincues dans les deux expéditions que nous venons de

  1. Voyez la Revue du 15 janvier 18S8.