Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 20.djvu/1009

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précaire indépendance sur les chances violentes d’une guerre entre deux puissances étrangères ? Nous ne saurions donc croire que les Italiens puissent penser à mettre obstacle à la réunion du congrès. Si le parti de la guerre a de nombreux adhérons en Italie, la cause de l’affranchissement de la péninsule par la paix y compte aussi, nous le savons, des partisans éclairés et dévoués. Nous ne ferons qu’un acte de justice en mentionnant parmi ceux-ci un savant professeur de Pise, M. Matteucci, l’un des correspondans de notre Académie des Sciences, dont le nom a marqué dans l’histoire contemporaine du libéralisme italien. M. Matteucci est l’auteur de l’adresse toscane destinée au congrès dont nous analysions les principes il y a quinze jours. L’honorable professeur a développé ces principes, qui se rapprochent beaucoup des conclusions de la dépêche de M. de Cavour, dans un mémoire qu’il a envoyé aux membres du parlement anglais, et que nous avons sous les yeux. Ce qui mérite à ces efforts la sympathie des libéraux européens, c’est que M. Matteucci et ses amis travaillent par la paix au succès de la cause italienne, et ne veulent point la compromettre dans des violences qui la perdraient peut-être encore une fois.

Enfin une considération qui devrait plus qu’aucune autre assurer le concours de la France à la proposition de désarmement général, c’est l’importance particulière attachée par le gouvernement anglais à cette combinaison. Nous sommes, on le sait, des partisans sincères et résolus de l’alliance anglaise. La politique française, il y aurait de la puérilité à ne pas le reconnaître, a subi depuis trois ans des variations qui ont affecté cette alliance. Les résultats produits par ces variations, avouuns-le encore, n’ont point été heureux : on les voit dans la confusion et le malaise que trahit en ce moment la situation générale de l’Europe. Ils montrent combien il est dangereux en politique de vouloir faire trop de choses à la fois, et de ne pas subordonner, dans ses prévisions et dans sa conduite, les petits intérêts aux grands. L’alliance cordiale de la France avec l’Angleterre est le premier intérêt de la paix européenne et du libéralisme sur le continent. Si cette alliance était aujourd’hui ce qu’elle fut en 1854 et 1855, qui ne voit combien seraient simplifiées les difficultés de la question italienne ? Le terrain naturel de l’alliance anglo-française est l’Orient. Unis à l’Angleterre en Orient, pour empêcher que l’héritage du moribond, que convoitait l’empereur Nicolas, ne tombe peu à peu ou soudainement entre les mains de la Russie, nous avons la plénitude de notre liberté d’action continentale. La plus forte expression de cette sûre et utile alliance a été la politique de 1854. Nous préférons cette politique à celle qui a suivi la guerre, et qui, suivant nous, en a atténué les grands résultats. Nous savons qu’à l’union avec l’Angleterre d’autres opposent avec grand fracas les avantages d’une étroite intelligence avec la Russie. La première chose qu’il y ait à dire contre une politique d’intimité avec le cabinet de Saint-Pétersbourg, c’est qu’elle n’est pas compatible avec l’alliance anglaise efficace et puissante. Quant aux avantages de cette politique, la puissance russe étant essentiellement continentale, les Russes ne pouvant nous donner ce qui nous manque et ne nous apportant que ce que nous avons surabondamment, la force militaire, il ne nous est pas possible de les apercevoir. Ce qui nous met au contraire en défiance,