Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 20.djvu/240

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sée à l’Italie : il l’adjure d’être patiente et pacifique, et lui promet, avec l’autorité de la raison et de l’histoire, des succès plus sûrs par la paix que ceux qu’elle pourrait obtenir même par une guerre heureuse, entreprise sans assistance étrangère. L’on ne saurait lire cette séance parlementaire sans être frappé du tact généreux qu’y ont montré tour à tour les chefs de l’opposition et l’orateur du ministère, et sans féliciter la chambre des communes de la réserve qu’elle a su garder. La chambre était nombreuse, émue, palpitante. Bien des pensées diverses agitaient toutes ces têtes attentives ; pas une parole n’a jailli qui pût compromettre l’intérêt, nous ne dirons point patriotique, mais humain, de la paix. Nous lisions récemment, et non sans un frémissement de révolte intérieure, dans un journal populaire anglais qu’il n’y a plus en ce moment de liberté dans le monde que pour les races qui parlent la langue de Shakspeare ; mais ni les épreuves de la liberté dans le reste de l’Europe ni l’orgueil anglais ne nous rendront jaloux ni injustes, et nous reconnaîtrons volontiers avec le Times qu’il serait impossible à l’ennemi le plus invétéré des assemblées populaires et des gouvernemens représentatifs de refuser son admiration au spectacle qu’a donné au monde vendredi soir la chambre des communes.

Nous ne doutons point qu’en France comme en Europe l’opinion, éclairée par ces grands débats, ne sanctionne les jugemens qui y ont été portés et les solutions qui y ont été indiquées. Il n’existe point. Dieu merci, en France, pas plus dans les masses que chez les esprits éclairés, de prévention en faveur de la guerre : l’esprit de parti même ne cherche plus parmi nous dans le prestige de la guerre des moyens de tactique ou de propagande. Nous venons d’en faire la consolante épreuve : la majorité de tous les partis a montré hautement dans les circonstances que nous venons de traverser ses préférences pour la paix. Il y a là un grand progrès de la civilisation moderne, fruit des quarante années de liberté et de paix qui ont succédé aux grandes guerres si malheureusement dénouées du commencement de ce siècle. Libéraux, nous avons appris que la plus irrésistible propagande que nous pouvions exercer au profit des peuples moins avancés que nous n’était pas celle des armes, mais celle des idées. Patriotes, nous avons acquis par les preuves les plus décisives, par l’expérience pratique, la conviction que c’est bien plus par les conquêtes intérieures, celles qui sont accomplies à la faveur de la paix par le travail et l’industrie, que par les promenades aventureuses de ses armées au-delà de ses frontières qu’un peuple accroît sa véritable puissance. Comme nation, nous n’avons plus besoin de gloire, nous avons le sentiment de notre force, et la guerre pour la guerre ne saurait plus nous séduire. Du progrès des idées comme du développement des intérêts s’est formé un sentiment général qui est aussi bien une sauvegarde pour nous qu’une garantie pour le repos du monde, — le sentiment que la guerre est un malheur qu’il faut subir énergiquement et bravement s’il nous est imposé par une inévitable nécessité, mais qu’il serait imprudent et coupable de provoquer témérairement, même sous le charme des plus séduisans prétextes. Les éclaircissemens fournis par le parlement anglais nous font espérer que ce sentiment ne sera point mis à l’épreuve. Ainsi que l’avait dit l’empereur dans son discours, la situation de l’Italie n’est point un motif suffi-