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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 mars 1859.


Nous ne nous étions point trompés dans les espérances que nous avions conçues au sujet du voyage de lord Cowley à Vienne. L’ambassadeur d’Angleterre à Paris, à en juger par les explications qui viennent d’être données à la chambre des lords par lord Malmesbury, était allé faire en Autriche une sorte de reconnaissance diplomatique. Instruit des vues du gouvernement français sur la question italienne, il s’était donné la tâche honorable d’étudier par lui-même et sur place jusqu’à quel point les dispositions de l’Autriche rendraient un rapprochement possible entre les deux puissances. L’Angleterre, on s’en souvient, avait vivement conseillé, dès l’origine, à la France et à l’Autriche d’essayer d’une négociation directe. Le gouvernement français, nous l’avions facilement deviné, avait décliné cette négociation comme peu compatible avec sa dignité. C’est à ce moment que lord Cowley est allé étudier et préparer le terrain à Vienne. Pendant son séjour dans la capitale autrichienne, il a pu s’assurer qu’il était des points sur lesquels l’Autriche et la France, avec le concours de l’Angleterre, pourraient s’entendre. L’existence des élémens de négociation qui se révélaient à lord Cowley n’est point restée inaperçue de la Russie. Depuis quelque temps, le langage de la diplomatie russe dans les principales cours faisait présager une démarche significative de la part du cabinet de Pétersbourg. Ce langage était uniformément pacifique, et impliquait au moins la désapprobation des mesures violentes et des coups de tête que redoutait l’opinion publique. On prêtait au ministre de Russie à Vienne, M. de Balabine un mot spirituel qui, sous l’enveloppe du sarcasme, annonçait un coup de théâtre favorable à la paix. « La Russie, aurait dit M. de Balabine en parodiant avec une cruelle fidélité de mémoire la fameuse phrase du prince Félix Schwarzenberg, la Russie étonnera le monde par sa générosité envers l’Autriche. » La Russie en effet a proposé de déférer à un congrès des cinq grandes puissances l’examen des difficultés actuelles. Son intervention ne pouvait être ni plus opportune ni plus habile. La proposition du congrès a été acceptée. L’Angle-