Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 20.djvu/742

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science des peuples, il faut aujourd’hui que la guerre leur apparaisse comme une inévitable nécessité. Rien dans ce qu’a pu apprendre jusqu’à ce jour le public français ne donne ce caractère d’irrésistible nécessité à la guerre dont nous sommes menacés. Cette guerre ne peut sortir que de la question italienne. Il serait possible, et nous reviendrons bientôt sur ce point, que la guerre parût nécessaire aux Italiens eux-mêmes, qui brûlent d’affranchir leur patrie de toute domination étrangère. Nous professons, quant à nous, une sincère sympathie pour les patriotes italiens, et nous leur reconnaissons le droit d’être juges du moment où ils doivent tenter de conquérir par les armes leur indépendance, mais à une condition : c’est que leur résolution les liera seuls, et qu’ils reconnaîtront que les Français n’ont ni les mêmes droits, ni les mêmes devoirs, ni les mêmes intérêts que les Italiens, lorsqu’il s’agit pour eux de décider s’il y a lieu de coopérer par une guerre immédiate à l’indépendance de l’Italie. Tant que l’Autriche ne nous y a point contraints par une attaque directe ou par une agression contre nos alliés, une guerre entreprise contre elle par la France à propos des affaires d’Italie, en dépit de la générosité des prétextes dont on chercherait à la colorer, aurait le caractère d’une guerre arbitraire, non la légitimité d’une guerre nécessaire. Nos amis d’Italie ont beau dire, le gouvernement français se rend bien compte de cette distinction, et il l’a montré récemment, lorsque dans le Moniteur il parlait de la question italienne comme d’une question vague et indéfinie. C’est justement la mission d’un congrès de faire cesser le vague des questions et d’en préciser la nature et la portée. Ce sera l’œuvre du futur congrès, dans le cas où il ne réussirait point à maintenir et à raffermir la paix, d’apprendre à l’Europe si la guerre qu’il n’aura pu prévenir est nécessaire ou arbitraire, et quelle est la puissance qui en assumera la responsabilité morale, quelle est la puissance qui la soutiendra légitimement, parce qu’elle lui sera imposée par une nécessité inévitable. En faisant devant l’Europe cette solennelle épreuve, le congrès remplira une fonction analogue à celle que remplissent les institutions représentatives chez les peuples qui en possèdent la plénitude. Il édifiera l’opinion, et il limitera ou contrôlera les prétentions des gouvernemens qui lui soumettront leurs différends.

Si ces observations sur le sérieux caractère des congrès en général et sur l’autorité particulière qui va s’attacher aux délibérations du futur congrès sont fondées, et il est impossible, croyons-nous, d’en contester la justesse, n’a-t-on pas le droit de nourrir de solides espérances de paix ? Nous ne nous dissimulons point, en exprimant un pareil espoir, qu’il sera combattu chez un grand nombre de personnes par des doutes difficiles à vaincre. Nous reconnaissons qu’il a été donné à la confiance publique un ébranlement profond, et que la sécurité ne rentrera dans l’opinion que lorsque des résultats décisifs auront répandu une lumière complète sur les intentions et la conduite des gouvernemens. Jusque-là, il y aura deux courans dans l’opinion : les actes officiels, développement logique d’une politique raisonnable et correcte, soutiendront sans doute la confiance des esprits éclairés et réfléchis ; mais au-dessous des apparences officielles continueront à circuler les rumeurs infatigables qui depuis trois mois interprètent obstinément dans le