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générales. Les arts et l’industrie renaissent au XVIe siècle, pour être bientôt étouffés par les désastres de la ligue. La cinquième période embrasse les règnes de Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, et la sixième enfin nous conduit de la mort de Louis XIV en 1715 jusqu’à la convocation des états-généraux en 1789.

Cette division est bien justifiée par les caractères généraux de chaque époque, et M. Levasseur montre à merveille comment les mouvemens politiques, entraînant l’industrie à leur suite, tantôt lui faisaient faire des progrès rapides, et tantôt la ramenaient comme d’un seul bond à un siècle de distance. Pour nous, qui n’avons pas à entrer dans ces fluctuations et qui, laissant de côté les ingénieuses conjectures de l’auteur sur les développemens progressifs de l’industrie, ne considérons dans son ouvrage que la partie vraiment scientifique, celle qui s’appuie sur des documens nombreux et certains, c’est-à-dire l’histoire de la législation, nous diviserons seulement toute cette histoire en deux périodes : les corporations relativement maîtresses d’elles-mêmes au XIIe siècle, et les corporations soumises pieds et poings liés au pouvoir royal, à partir de la constitution définitive de la monarchie. L’histoire des classes ouvrières faite à ce point de vue est l’histoire de la servitude. C’est une histoire longue et compliquée. Celle de la liberté tiendrait en deux lignes, car la liberté du travail n’a duré qu’une heure, et aujourd’hui même, après soixante-dix ans de révolution, peu d’esprits ont assez de fermeté pour la comprendre, et de résolution pour la demander.

La première remarque à faire, c’est qu’il y a peu de différences et beaucoup d’analogies entre les règlemens du XVIIIe siècle et ceux du XIIe siècle, entre ceux du XIIe siècle et ceux des corporations romaines sous les empereurs. Cette réglementation de l’industrie a pu se conserver sans trop de changemens pendant un espace de vingt siècles, parce qu’au lieu de prendre souci des progrès de l’activité humaine, elle n’a jamais eu d’autre but que de sauvegarder des intérêts égoïstes.

On entend souvent répéter que l’établissement de corporations nouvelles au XIIe siècle et la réorganisation des corporations anciennes qui avaient subsisté dans le pays malgré l’invasion germaine ont été malgré tout utiles à la cause de la civilisation et de la liberté. Il est très vrai que, dans les siècles à demi barbares où les seigneurs, vivant dans leurs forteresses comme des loups dans leurs tanières, et ne connaissant d’autre droit que celui de la force, contraignaient les lides, les colons et ceux que par un triste abus du langage on appelait encore les hommes libres, à travailler pour eux sans aucune rémunération et sous le nerf d’un intendant, il n’y avait en réalité ni