Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/154

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et décisive. Le grave problème de leur avenir a été longtemps éludé ; mais il faut le regarder en face aujourd’hui que nous avons mis le pied sur toutes ces terres sauvages, en imposant à leurs habitans l’alternative ou de s’élever jusqu’à nous ou de périr. Il s’agit de savoir si l’éducation peut conduire ces hommes à un degré de moralisation et de dignité qui leur donne, pour ainsi dire, droit d’existence dans les conditions nouvelles où ils se trouvent, et si leur intelligence est capable de s’ouvrir aux notions de devoir, de travail et de société. Cette épreuve, l’Australie et la Nouvelle-Zélande n’étaient point aptes à l’entreprendre. Sans doute il se trouve dans ces colonies des hommes pleins d’une louable compassion : des sociétés charitables s’y sont même organisées en faveur des naturels ; mais que peuvent-elles ? La colonisation y est trop active pour ménager le sauvage ; les squatters, le fusil à la main, débordent toujours. Il leur faut le sol de la tribu, peu importe l’indigène : c’est un être inférieur et malfaisant que l’on chasse comme un gibier. Celui-ci dans ces persécutions injustes ne sent se développer que ses instincts de vengeance et de haine ; il en résulte une lutte sans merci où le sauvage succombe, parce qu’il est le plus faible et le plus mal armé. C’est ainsi que nous avons vu disparaître jusqu’au dernier des naturels de la Tasmanie. Félicitons-nous donc de n’avoir pas tant d’ardeur colonisatrice ; cette expérience que l’entraînement d’une activité sans bornes ne permet pas aux grands colonisateurs de l’Océanie, nos missionnaires l’entreprennent dans notre île de récente acquisition, et on la voit se poursuivre aussi, dans des formes et au milieu de conditions quelque peu différentes, sur d’autres points de l’Océan-Pacifique.


II

En attendant que l’importance de la Nouvelle-Calédonie se développe avec ses richesses naturelles, Taïti, la principale des îles de l’archipel de la Société, est le chef-lieu de nos possessions océaniennes. C’est une île charmante, couverte de bois, accidentée, dominée par un piton de 2,450 mètres qu’on appelle le Diadème. Au-dessous de ce pic majestueux, sur un plateau élevé de 500 mètres, se trouve un lac long d’une demi-lieue et très profond, dont l’eau est toujours à la température de 23 ou 24 degrés centigrades. De toutes les hauteurs descendent en cascades de petites rivières qui arrosent les vallons pittoresques, les belles plaines et les baies où les habitations sont groupées à l’ombre des cocotiers. La plus grande longueur de l’île est de douze à treize lieues, sa largeur de sept, et une ceinture de madrépores l’enveloppe de toutes parts, laissant seulement en quelques points d’étroits passages. Les premiers navigateurs