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régions de l’or, de la colonisation et du commerce, peuvent devenir autant d’étapes entre le monde ancien et le monde nouveau. Ces rochers, longtemps inutiles, naîtront alors à une vie nouvelle, et c’est aussi à cette même heure que l’arrêt des races indigènes qui les habitent sera prononcé. Ou elles auront pu se façonner à l’existence active et laborieuse dont l’Europe fait une loi même aux îlots de l’Océanie, ou elles auront cédé la place aux Américains, aux Anglais, aux Chinois, à tous les hommes qui par le globe s’agitent et travaillent.

Les tentatives d’éducation religieuse et morale des missionnaires ont-elles réussi à Taïti et aux Marquises ? Il faut, par malheur, reconnaître qu’elles n’y ont produit que de bien chétifs résultats. Aux Marquises, l’indigène écoute les missionnaires avec un visage farouche et ne se convertit pas. À Taïti, un conflit des plus regrettables s’est produit entre les missions protestantes et catholiques. L’île, habituée aux premières, a mal accueilli les secondes, et elle a subi de grands préjudices de leur persévérance. Cet antagonisme, nous allons malheureusement le retrouver aux Sandwich.


III

Aux Sandwich, dans un groupe d’îles important, la population indigène a tenté de s’organiser à l’image de nos sociétés européennes. Derrière le gouvernement, on voit, à la vérité, se mouvoir les missionnaires américains, et l’assemblée législative, qui, aux termes de la constitution de 1840, est instituée pour tempérer l’autorité du souverain, n’est pas sans exciter quelque peu le sourire avec ses formes à la fois prétentieuses et naïves. Néanmoins dans cette tentative il faut regarder ce qu’il y a de sérieux et de louable, et rechercher quelles espérances elle donne pour l’avenir.

D’abord voici Honolulu, la capitale indigène de l’Océanie et véritablement digne du nom de ville. Quand on l’aborde en doublant le cap Diamond, les pics dépouillés de Oahu, la riche verdure des pentes montagneuses, les hauts cocotiers de la plaine de Waikiki, et les madrépores que laisse entrevoir l’eau transparente de la mer ne semblent promettre qu’un de ces paysages océaniens dans lesquels la splendeur de la nature compense la misère des hommes. Aussi est-on agréablement surpris, à l’ouverture de la baie, au lieu des huttes entremêlées de maisons chétives, de voir se dérouler le long d’un port animé, encombré de bâtimens, garni de quais, des édifices, des hôtels, des palais, comme dans une ville anglaise ou américaine. Cette prospérité est récente, et elle tient moins à l’industrie des indigènes qu’à cette circonstance fortuite qui a animé toute une région du monde : la découverte de l’or. Il s’est produit