Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/201

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États-Unis semées dans la vallée du Mississipi et la ville du grand Lac-Salé s’étendent les immenses prairies où sont creusés les lits des principaux affluens du père des eaux, rivières plus longues que nos plus grands fleuves européens ; ces vastes plaines, aux approches des Montagnes-Rocheuses, ne sont plus qu’un vaste désert de sable où jamais l’émigration ne pourra se fixer. Les Montagnes-Rocheuses élèvent leurs immenses chaînes à travers le continent, à peu près dans la direction du nord au sud ; plus loin surgit, comme une deuxième barrière, la chaîne des monts Wahsatch, contre-fort oriental du pays des mormons. De l’autre côté du continent, leurs établissemens sont séparés de la Californie par une grande chaîne dont les pics élevés se perdent dans les neiges éternelles et par les stériles déserts du Grand-Bassin. Tel est le nom que le célèbre voyageur Fremont a donné le premier à la région circonscrite entre la chaîne californienne et les monts Wahsatch. Cette curieuse contrée n’a aucune communication hydrographique avec le reste du continent américain ; les eaux ne peuvent en sortir et s’y accumulent sur tout le pourtour dans un grand nombre de lacs ; le grand Lac-Salé, Mer-Morte des nouveaux saints, est le plus célèbre de tous : les autres sont les lacs Utah, Nicollet et Preuss.

En se plaçant volontairement en dehors de toute communication avec le reste de l’Union, les mormons espéraient rompre tous les liens qui les attachaient encore aux gentils ; mais il n’était pas en leur pouvoir de se rendre indépendans du pouvoir fédéral. Jusque-là, dans leurs premières villes, à Sion, à Nauvoo, ils n’avaient rencontré que des résistances individuelles ; en colonisant une partie jusque-là inhabitée du continent américain, comprise dans les limites du territoire fédéral, ils entraient forcément en rapport avec les autorités de Washington. Aussitôt en effet que, dans une région ouverte à l’émigration, la population dépasse un certain chiffre, elle est constituée en territoire par un acte organique et administrée par un gouverneur et des magistrats de l’ordre judiciaire. Le territoire est en quelque sorte l’embryon d’un état : quand la population s’y élève à 95,000 âmes, il devient un état de plein droit, est représenté au congrès et choisit son propre gouverneur au lieu de le recevoir de Washington.

La conduite du gouvernement fédéral envers les mormons témoigna pendant longtemps d’une grande indécision ; le territoire reçut sa première organisation en 1850, et à cette époque M. Fillmore, qui remplissait les fonctions de président des États-Unis, n’hésita point à donner le titre de gouverneur d’Utah au chef de là religion, Brigham Young. Celui-ci profita de sa haute position pour chasser les autres fonctionnaires fédéraux, et rompit ouvertement avec le