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ques navires. L’ardente humeur et la hardiesse de ses matelots, le petit nombre et le petit calibre de ses bâtimens, tout le portait à préférer d’ordinaire à de lentes combinaisons stratégiques une action vigoureuse soutenue par quelqu’une de ces rapides manœuvres dont il possédait le secret. Les brûlots avaient fini par inspirer une sorte de terreur superstitieuse aux officiers turcs, ignorans et crédules autant que leurs matelots. Un vaisseau à trois ponts, décoré du nom de Bourlot-Korkmaz (qui ne craint pas les brûlots), sortit à cette époque des Dardanelles. Ses flancs étaient revêtus extérieurement d’épaisses lames de cuivre destinées à le préserver de l’atteinte du feu. Dès sa première campagne, il fut incendié à Samos par Canaris.


II.

L’année 1824 s’ouvrit sous des auspices effrayans pour la Grèce. Le grand-seigneur signa, vers la fin du mois de janvier, un traité d’alliance avec le fameux Méhémet-Ali, pacha d’Egypte. Celui-ci promit à son suzerain de l’aider à exterminer les giaours, et reçut d’avance pour prix de ce service l’investiture des pachaliks de Candie et de Morée. Tandis que Méhémet-Ali équipait sa flotte, et en confiait le commandement à son fils Ibrahim, Topal-Pacha, successeur du timide Abdoullah, quittait Constantinople. Il avait ordre de faire disparaître l’île de Psara de la surface des mers avant d’opérer sa jonction avec les Égyptiens. Psara était la sentinelle avancée de l’Archipel; ses habitans allaient braver les Turcs à l’entrée même des Dardanelles, et portaient leurs ravages sur le continent asiatique jusqu’aux portes de Smyrne. Leur nom était donc particulièrement exécré des populations musulmanes. Le sultan, s’étant fait apporter une mappemonde pour reconnaître la position de cette île, objet de ses perpétuelles terreurs, parut surpris du peu de place qu’elle tenait dans l’espace, et s’écria, dit-on, avec mépris : « Il faut que mon amiral efface ce petit point noir de la carte, et qu’il attache cette roche à ses vaisseaux pour me l’amener. »

Le 20 juin, Topal-Pacha se montra en vue de Psara avec une si grande quantité de navires, que la mer en était littéralement couverte, au dire d’un vieux marin qui nous a fait le récit de cette fatale journée. Les Psariotes, n’écoutant que l’inspiration du désespoir, rassemblèrent leurs vaisseaux dans le port, en rasèrent les ponts, et les convertirent en batteries, résolus à se défendre jusqu’à la dernière extrémité. Tandis qu’un premier combat s’engageait en cet endroit, trois frégates turques tournèrent l’île, restée sans défense sur le versant opposé, et y débarquèrent dix mille Albanais.