Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/606

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


grandes vertus de leurs ancêtres, ils montrèrent malheureusement qu’ils en avaient aussi gardé les défauts. Les diverses provinces de la Grèce présentèrent en ce temps-là un spectacle analogue à celui qui fut tant de fois offert jadis par ces petites républiques, dont les sanglantes rivalités remplissent l’histoire. Les Rouméliotes et les Péloponésiens, n’ayant plus à verser leur sang en face de l’ennemi commun, se regardaient réciproquement presque comme des étrangers, et leurs bandes, se heurtant sur le sol ravagé de la Morée, en venaient parfois aux mains pour de futiles motifs. Les capitaines les plus célèbres par leur bravoure et leur patriotisme se disputaient le pouvoir, et l’on vit alors à Nauplie le farouche Grivas, maître de la haute forteresse de Palamède, user sa poudre et ses derniers boulets contre son ennemi personnel Stratos, qui occupait à l’entrée du port l’îlot fortifié d’Itsch-Kalé. Quant aux îles, on va voir la part qu’elles prirent à ces discordes civiles.

Miaoulis resta longtemps étranger aux factions, et lorsqu’en 1828 l’assemblée d’Hermione, voulant couper court aux disputes des chefs militaires, confia le commandement des armées de terre au général Church et celui de la flotte à lord Cochrane, il offrit spontanément sa démission, et consentit à servir comme simple capitaine. La lettre qu’il écrivit à ce sujet aux membres du gouvernement donne une haute idée de son abnégation et de son caractère. « Voilà sept ans que je ne cesse de combattre de toutes mes forces les ennemis de mon pays. Ni le sentiment de mon impuissance, ni la pesanteur du fardeau dont je me trouvais chargé, ne m’ont fait reculer devant l’accomplissement du devoir de tout bon citoyen, devoir qui consiste à coopérer de tout son pouvoir au salut de la patrie. Depuis longtemps, la nation attend un homme assez puissant pour mettre fin au grand combat qu’elle soutient. Cet homme est venu [1] ; je félicite la nation et le gouvernement de son arrivée. La marine grecque peut tout attendre de lui, et le premier je suis prêt à voler sous ses ordres à de nouveaux combats que mon âge me rendra pénibles, mais que mon cœur, qui n’a d’autre désir que le bonheur de la patrie, acceptera toujours avec joie [2]. »

Miaoulis s’occupa énergiquement de réprimer la piraterie, à laquelle les insulaires furent tentés de se livrer, lorsque la guerre eut cessé de donner un légitime aliment à leur activité et à leur besoin d’aventures. Après avoir purgé les côtes de Messénie des forbans qui recommençaient à s’y montrer, il se retira à Hydra, dans une habitation qu’il s’était fait construire au temps de sa grande for-

  1. Cochrane, revenu du Brésil depuis peu et ardemment dévoué à la cause de l’indépendance hellénique.
  2. Tricoupi, tome IV, documens officiels.