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quées sur leur cadran, de telle façon que toutes les horloges d’un établissement, d’une ville, d’un chemin de fer, peuvent donner ensemble la même heure.

L’électricité a été, d’une manière non moins ingénieuse, mise à contribution dans les chronoscopes ou instrumens servant à apprécier la durée d’intervalles très courts, et qu’on a surtout appliqués à la mesure de la vitesse des projectiles lancés par les bouches à feu. Dans l’appareil imaginé par M. Wheatstone, un cliquet en fer doux, maintenu dans sa position par l’attraction d’un électro-aimant, arrête la marche d’un mouvement d’horlogerie. Au moment où le boulet s’échappe de la bouche à feu, le circuit à travers lequel passe le courant d’aimantation est interrompu par la rupture d’un fil tendu à la gueule du canon, et il y est rétabli à l’instant où le projectile touche la cible. Celle-ci est disposée de telle façon que le moindre mouvement qui lui est imprimé détermine un contact permanent entre un ressort et une autre pièce métallique. Le mouvement d’horlogerie et l’aiguille indicatrice qu’il conduit marchent ainsi pendant le temps qui s’écoule entre le départ du projectile et son arrivée au but; on a donc la mesure du temps, et par conséquent celle de la vitesse du boulet. M. Bréguet a inventé un autre chronoscope du même genre. On en doit un à M. Pouillet, dans lequel le temps que le courant met à circuler dans un galvanomètre est évalué par l’amplitude de la déviation de l’aiguille aimantée.

Discipliner l’électricité au point d’obtenir les mouvemens les plus complexes et les plus délicats, que la main de l’ouvrier pouvait jadis seul exécuter, tel est l’objet d’un appareil intéressant à d’autres titres. Déjà, grâce à une admirable invention, Jacquart était parvenu à faire accomplir, par la machine même, ce que faisait auparavant l’œil attentif du tireur de lacs. La découverte de M. Bonelli a substitué l’électricité aux combinaisons mécaniques si artistement mises en jeu dans les métiers à la Jacquart. Le dessin de l’étoffe à tisser est tracé à l’aide d’un vernis isolant sur un papier métallique. Il y a autant d’électro-aimans que d’aiguilles dans le métier à la Jacquart, et, par une disposition particulière, le fil qui entoure chaque bobine a l’une de ses extrémités toujours en contact avec le pôle d’une pile, et l’autre avec le papier. Le second pôle de la pile communique avec la surface métallique du papier, auquel est imprimé un mouvement de translation. En vertu de ce mouvement, le fil des divers électro-aimans se trouve en contact, tantôt avec une partie métallique, tantôt avec une portion non conductrice, selon la configuration du dessin. Dans le premier cas, le courant traverse l’électro-aimant; dans le second, il ne passe point. Un mécanisme met chaque électro-aimant en rapport avec une aiguille