Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/694

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


terrible et si délicate, n’ont pas encore reçu une explication définitive, parce qu’on n’a pas suffisamment observé comment ils s’opèrent. Un ingénieux physicien, Peltier, les a toutefois expliqués d’une manière assez satisfaisante. On connaît les phénomènes de transport auxquels donne lieu la pile voltaïque. L’électricité se propage à travers les corps solides, liquides et gazeux, soit en se transmettant de molécule à molécule suivant le degré de conductibilité des corps, soit à distance, en raison de la tendance qu’ont à s’unir deux électricités contraires. On comprend donc que la foudre puisse transporter des particules très fines, surtout celles des métaux, qui sont, comme on sait, les meilleurs conducteurs de l’électricité. En 1817, dans une chapelle des environs de Dresde, de l’or pris à l’aiguille du cadran de l’horloge fut porté sur le plomb des vitraux, sans que ceux-ci présentassent la moindre trace de fusion. Des transports de ce genre ont été plusieurs fois signalés; la foudre a pu ainsi déterminer des effets analogues à ceux que donne la galvanoplastie. En 1689, le tonnerre étant tombé sur le clocher de l’église de Saint-Sauveur de Lagny, on trouva imprimées sur la nappe de l’autel les paroles de la consécration, qui se lisaient dans un livre voisin. Divers individus foudroyés ont présenté des images que l’on a nommées kéraunographiques. En 1847, à Lugano, une femme, s’étant trouvée près d’un lieu où le tonnerre était tombé, offrit sur la jambe l’image d’une fleur placée à peu de distance d’elle. Dans la rade de Zante, un matelot, endormi sur le pont d’un navire, ayant été tué par la foudre, on remarqua qu’il portait imprimé sous la mamelle gauche, d’une manière fort lisible, le n° 44, qui était précisément celui que présentait taillé en métal un agrès du bâtiment. En août 1853, aux États-Unis, on observa de même sur le corps d’un homme la figure d’un arbre qui avait été foudroyé à ses côtés.

Un si curieux phénomène, répétons-le, paraît se rattacher à l’action en vertu de laquelle l’électricité, en se propageant et probablement pour se propager, déplace, désagrège et transporte souvent les particules des corps. M. Fusinieri a constaté par un grand nombre d’expériences le transport des molécules métalliques qui a lieu d’un conducteur à l’autre, quand on fait passer entre ces deux conducteurs la décharge d’une bouteille de Leyde ou même simplement l’étincelle d’une machine électrique. Ainsi des particules d’argent sont transportées sur du cuivre et peuvent même le pénétrer, et réciproquement le cuivre est transporté sur de l’argent. Les images électriques obtenues par Karsten et d’autres physiciens sont un produit des plus curieux de ce phénomène; mais on connaît des images dues à l’action électrique qui offrent une plus grande analogie encore avec les figures kéraunographiques : ce sont celles de Moser. Il suffit de placer une