Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/695

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médaille ou une pièce de monnaie sur une plaque métallique bien polie et de l’y laisser quelque temps pour que cette plaque garde l’empreinte de la médaille ou de la pièce de monnaie. L’expérience, qui réussit aussi bien dans une complète obscurité que pendant le jour, donne un résultat beaucoup plus sensible quand la plaque est exposée à la vapeur de mercure ou à la vapeur d’eau. De pareilles images s’obtiennent, comme l’a démontré Karsten, en faisant arriver sur la monnaie des étincelles électriques qui se déchargent sur la plaque. La véritable explication du phénomène n’a point encore été donnée; mais ce qui paraît certain, c’est son origine électrique. L’électricité, en se transmettant, modifie l’état moléculaire des corps ou en disperse les particules. Ainsi, dans la production des images, la foudre agit encore comme nos appareils. Tout cela montre de quelles ressources sera l’électricité développée, une fois qu’on aura réussi à la faire agir avec autant d’intensité et suivant le même mode que la foudre. Que l’on parvienne à mieux appliquer le courant électrique, à le discipliner pour ainsi dire, et l’on pourra en faire usage pour accomplir des actes dont la main de l’homme est jusqu’à présent seule capable. Des personnes ont été tout à coup rasées ou épilées par la foudre; d’autres se sont vues soudainement déshabillées sans que leurs vêtemens offrissent des traces sensibles ou considérables de brûlure. L’électricité pourrait donc servir au besoin de barbier ou de valet de chambre, si la décharge électrique qui a produit de pareils effets était mesurée et connue dans son mode d’application !

Il est un autre ordre d’effets électriques qui semblent promettre de bien plus importans résultats. On savait depuis longtemps que les condensateurs électriques et les piles voltaïques agissent sur notre économie; mais on demeura bien des années sans s’expliquer à quoi tenait cette action. Depuis, on a constaté que tous les animaux, les vertébrés au moins et l’homme en particulier, sont le siège de courans électriques qui se développent dans les nerfs et dans les muscles. Galvani, le grand physicien de Bologne, s’en était d’abord aperçu, mais on avait contesté la valeur de ses expériences. Aujourd’hui le doute n’est plus possible : M. Matteucci d’une part, et un académicien de Berlin, M. Dubois-Reymond, de l’autre, ont mis en évidence un ensemble de faits d’où il résulte que le corps des animaux est le siège de nombreux courans électriques. L’électricité paraît être l’agent des communications qui s’établissent entre les centres nerveux et les muscles par l’intermédiaire des nerfs. On a étudié les effets de l’électricité sur ces trois ordres d’organes, on a même, à l’aide du microscope de M. Amici, rendu sensibles à l’œil les changemens de structure de la libre musculaire au moment des