Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/751

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périeures et éclairées, proclament un principe nouveau assurément dans riiistoire moderne, mais inattaquable au point de vue de la justice politique : elles veulent que l’Italie appartienne exclusivement aux Italiens, et rejettent par conséquent leurs anciennes familles souveraines, attachées à l’Autriche par un long vasselage, et les princes qui, comme on l’a si bien dit, se sont eux-mêmes dénationalisés en prenant parti dans la dernière guerre pour TAutriche contre l’Italie. Elles rompent donc avec les vieilles dynasties ; mais, sentant que le triomphe de la cause nationale n’est pas encore inébranlablement assuré, voulant fortifier par leur concours la défense commune si la lutte devait se renouveler, comprenant d’ailleurs qu’il est plus facile à des peuples émancipés de se placer dans les cadres d’un gouvernement déjà fortement organisé que de se gouverner eux-mêmes, elles se rallient avec un élan aussi intelligent que généreux autour du souverain et du gouvernement qui seuls n’ont pas craint de relever le drapeau de la cause italienne, autour du roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel II. L’attitude du roi de Sardaigne devant ces manifestations de l’Italie centrale ne pouvait être aussi nette que celle des populations qui viennent se donner à lui : ces populations n’ont pour le moment à compter qu’avec elles-mêmes, elles sont maîtresses de leurs parroles et de leurs actes ; le roi de Piémont est obligé de compter avec la France, son alliée, avec l’Autriche, son ennemie d’hier, armée des engagemens de Villafranca, avec l’Europe enfin, travaillée de préoccupations diverses, sans le consentement de laquelle il ne saurait penser à improviser au nord de l’Italie un grand royaume de douze millions d’hommes. Le roi de Sardaigne est donc tenu à une certaine réserve ; mais, la part des ménagemens diplomatiques une fois faite, sa position devient naturelle, tntre l’Italie centrale et lui, il laisse voir la France et, l’Europe, non comme un obstacle, mais comme une autorité dont il faut attendre la décision avec une confiante déférence ; puis, allant au-devant de ceux qui viennent à lui, il prend en quelque sorte moralement possession des droits que lui confèrent les vœux de l’Italie centrale, et fort en effet, sinon du pouvoir actuel, du moins des influences éventuelles qu’il acquiert pour l’avenir, il promet, avec une sincérité qui ne peut être soupçonnée, de travailler au succès de ces vœux. La position de la France est plus délicate et plus embarrassée : les Italiens ne peuvent certes pas douter des sympathies que leur portent un gouvernement et une nation qui viennent de combattre et de vaincre pour eux. La France ne permettra pas qu’il soit fait violence aux aspirations nationales de l’Italie par une intervention étrangère ; mais la France est gênée d’abord par les stipulations de Villafranca, ensuite par les traditions de sa politique, lesquelles sont contraires à la formation d’un état puissant et redoutable sur l’une de ses frontières les plus ouvertes. Les vœux de l’Italie centrale, dont elle estime le patriotique mobile, lui créent donc des difficultés. Il semble que ce soit une conséquence de la situation de la France qu’un arrangement nouveau se produise, lequel ne serait ni précisément la solution de Villafranca, ni non plus l’annexion pure et simple des duchés et des légations au Piémont. Quel pourrait être cet arrangement ? Kous ne nous chargeons pas de le dire. Bien des chimères ont été répandues à ce sujet dans le public depuis quelques jours. Les voyages de l’ambassadeur d’Autriche entre Vienne et Biarritz, la présence surtout du roi des Belges à Biarritz,