Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/753

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général Fanti. La fusion douanière se prépare avec le concours d’un haut fonctionnaire de Sardaigne. Les arrêts des tribunaux rendus dans cliacun des états annexionistes sont exécutoires chez les autres. L’unité se réalise ainsi dans les faits et dans les intérêts, et quoi qu’il arrive, lors même que la fusion politique serait frappée d’avortement, l’œuvre qui s’accomplit aujourd’hui laissera d’indestructibles semences. Les libéraux européens ne peuvent qu’accompagner de leurs sympathies des efforts de régénération nationale poursuivis avec tant d’ordre et une constance de desseins si digne d’admiration. C’est en vain qu’au nom des intérêts du gouvernement temporel du pape, quelques journaux et quelques évêques cherchent à exciter parmi nous l’opinion contre l’émancipation politique de l’Italie centrale. Ce n’est point avec les vieilles images de la rhétorique ecclésiastique, en parlant des larmes du souverain pontife, que l’on donnera le change aux catholiques éclairés sur la délivrance des Romagnes. Pie IX est un pontife respectable assurément ; mais le gouvernement temporel des papes est depuis cinquante ans essentiellement impuissant, et l’expérience a montré qu’il ne peut ni ne veut se réformer. Que l’on n’essaie pas de dénaturer la question et de défendre le temporel avec les armes du spirituel, La souveraineté temporelle du pape ne peut se recommander que sous la forme d’un intérêt, et non s’imposer comme un dogme. A ce titre, l’on en peut montrer l’origine, et elle n’a rien dont l’église doive être fière. Ces Romagnes, contre lesquelles on fulmine lorsqu’elles aspirent à l’indépendance, c’est César Borgia qui les a conquises avec l’argent et les forces de son père Alexandre VI ; c’est un autre pape, aussi peu larmoyeur, Jules II, qui les a reprises à César Borgia, et qui, Bologne en sait quelque chose, acheva sa conquête à coups de canon. La souveraineté temporelle est, dit-on, une garantie d’indépendance pour le pontife. M’est-ce pas plutôt (et l’histoire de la papauté en ce siècle n’en est-elle pas la démonstration ?) la dignité et l’autorité du chef de l’église qui sont sacrifiées à la conservation de ce pouvoir temporel, dont les abus sont un scandale européen, et dont l’incapacité obstinée et les incorrigibles faiblesses n’ont d’analogue que dans le gouvernement du Grand-Turc ?

L’agitation allemande commence, elle aussi, à produire ses incidens, que nous ne tarderons pas à voir se multiplier et grandir. Le sénat conservateur de Francfort a refusé à l’association réformiste la faculté qu’elle demandait d’établir le centre de ses travaux dans la ville même où siège la diète. D’autres asiles ne lui manqueront pas. Le cabinet de Vienne a, dans une note amère, repi’oché au duc de Gotha la promesse de concours et les encouragemens qu’il a publiquement donnés au nouveau mouvement. Le ministre autrichien, comme tous les organes des autorités despotiques lorsqu’ils veulent combattre des tendances réformistes, a commis l’erreur de confondre la poursuite d’une réforme par les moyens légaux avec une attaque réelle contre la légalité positive. Le mouvement allemand actuel veut bien arriver au changement du pacte fédéral, mais il veut y arriver légalement. L’Autriche peut le combattre sans doute, mais elle n’a pas le droit d’invoquer l’autorité de la loi fédérale contre un prince souverain qui veut que la loi soit observée jusqu’à ce qu’elle soit légalement réformée. La réponse du duc de Gotha est attendue avec curiosité. Le prince aura beau jeu pour réfuter Targumentation de M. de Rechberg. Cependant les principaux états