Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/78

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Ce qu’il y a de plus intéressant dans cette nombreuse tribu des hawkers et des pedlars, ce sont les femmes. Il y en a parmi elles qui ont vu des temps meilleurs. Leur histoire, que j’ai tenu à recueillir de la bouche de ces femmes elles-mêmes, ne diffère généralement que par des nuances. L’une d’elles, âgée de vingt-cinq à vingt-six ans, parcourait les faubourgs de Londres et la campagne avec une corbeille au bras qui contenait des rubans, des lacets, des broderies, des enveloppes de lettres et des allumettes. Elle frappa d’une main tremblante à la porte d’une maison où je me trouvais, et offrit sa marchandise avec une légère rougeur au front. Sa figure était agréable, sa mise propre et décente. Je lui demandai quel revers de fortune l’avait réduite à cet état. « Je suis, reprit-elle avec un air de modestie, la femme d’un marin. En s’embarquant, il m’avait abandonné la moitié de sa paye, — quinze shillings par mois. Je reconnus bien vite qu’il était impossible de m’entretenir avec cette somme, — moi et trois enfans, dont le dernier n’a que seize mois. Il fallait d’ailleurs payer le loyer, le feu et la chandelle. Je m’employai quelque temps à des travaux d’aiguille, mais je ne gagnais point assez d’argent pour donner du pain à mes chers petits. Voici seulement trois semaines que j’ai pris la résolution d’aller de porte en porte avec la mince pacotille que vous voyez. Les profits ne sont pas grands, mais je n’en remercie pas moins Dieu de l’idée qu’il m’a suggérée pour l’amour de mes enfans ! » Un éclair de reconnaissance brilla dans ses yeux quand la maîtresse de la maison lui acheta quelques bagatelles. Une autre, à laquelle j’adressai diverses questions, était une veuve habillée avec une certaine coquetterie, et qui semblait au-dessus de la pauvreté. Son mari avait été tué, six semaines auparavant, par la chute d’une masse de fer, au moment où il déchargeait un vaisseau dans les docks de Londres. « Je restai, ajouta-t-elle, avec trois livres sterling dans la maison. Il m’en coûtait à mon âge (sa figure annonçait une trentaine d’années) de recourir à la charité de la paroisse, qui ne m’eût d’ailleurs donné qu’un shilling par semaine et deux pains. Je descendis la Tamise jusqu’à Woolwich, où j’avais une sœur chez laquelle je demeure maintenant ; comme elle était trop pauvre pour me soutenir, j’ai adopté ce petit commerce. Je ne fais point fortune, mais je vis. »

Une troisième famille enfin se rattache au commerce des rues : c’est celle des patterers. Ces derniers cherchent à attirer l’attention soit par un discours pompeux, soit par un costume extravagant, soit même quelquefois par le bruit du tambour. Après tout, ce tambour est l’annonce à l’état embryonnaire. J’ai rencontré quelquefois dans les rues de Londres un homme qui faisait en plein vent un cours