Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/883

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maine. Quant à sa doctrine en elle-même, elle a de quoi attirer à la fois les esprits philosophiques, les consciences honnêtes et les jeunes enthousiasmes qui se plaisent aux espérances sans limites. En appuyant peu sur la déchéance originelle, en présentant surtout le Christ comme l’initiateur des destinées futures, en faisant également appel aux aspirations mystiques et aux énergies actives, en accordant par-dessus tout à la raison autant d’autorité et de liberté qu’elle en a jamais pu ambitionner, il a certainement donné une interprétation du christianisme qui, au point de vue théorique, est plus facile à admettre que les anciennes théologies. Mais si l’on envisage son système au point de vue d’une application possible, alors, au lieu d’un corps d’idées qui s’accordent exactement entre elles, on a devant soi un plan qui est loin de s’accorder aussi bien avec les nécessités de ce monde. M. Bunsen a beau suivre la méthode historique, il ne s’appuie qu’en apparence sur le témoignage des faits. En réalité, il est par instinct un penseur a priori, un idéaliste qui part de ses propres idées pour décider ce que doivent être les faits. Devant le tribunal de la raison, qui juge de l’avenir d’après le passé, ses conclusions ne se tiennent pas debout. Sa logique se réduit littéralement à ceci : sous prétexte que le faux christianisme et la fausse uniformité qui résultent de la contrainte sont le contraire de la religion et de l’unanimité véritables, qui proviennent de la conviction et de l’amour, l’auteur de Christianisme et Humanité commence par faire disparaître toutes les autorités et les législations, et il se borne ensuite à espérer que la foi et la charité ne pourront manquer de régner d’elles-mêmes dans les âmes, du moment où on ne fera plus rien pour en chasser la discorde et l’incrédulité. En d’autres termes, il raisonne comme ont raisonné tant d’enthousiastes politiques, tant de frères du libre esprit, qui ont rejeté sur les lois la faute des égaremens qu’elles cherchaient à prévenir. Tous les moyens qui ont été imaginés pour empêcher les hommes de céder aux entraînemens de leur ignorance ou de leurs vices lui apparaissent seulement comme des usurpations qui les ont empêchés d’être gouvernés par leur conscience et leur raison, et il croit qu’il suffît d’en finir avec toutes ces précautions organisées contre les mauvaises inspirations pour que nous soyons assurés d’avoir les bonnes inspirations et de n’obéir qu’à elles. A vrai dire, M. Bunsen est tout absorbé par la préoccupation de raviver la foi, et, les yeux tournés vers ce but, il a pleinement raison de soutenir que les formulaires et les directeurs qui veulent dicter la vérité en enlevant aux individus la liberté de se former leur propre conviction finissent infailliblement par amener l’indifférence universelle; mais sur l’autre côté de la question, c’est-à-dire sur la constitution qui convient à l’église, il s’en tient à la croyance que nulle constitution n’est nécessaire. Il est convaincu que Dieu veut