Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/280

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son collègue Léon de Brulart, un traité qu’en toute autre circonstance il eût sans doute repoussé. L’Autriche et la France s’y engageaient à ne secourir en aucune manière les ennemis qu’elles avaient ou pourraient avoir ; en ce qui regardait les affaires d’Italie, l’Autriche reconnaissait bien les droits de Charles de Gonzague sur Mantoue et le Montferrat, mais elle ne voulait accorder l’investiture nécessaire que six semaines après la signature du traité, et elle remettait à cette époque l’évacuation de Casal par les Espagnols, d’où il suivait que la France était condamnée à entretenir longtemps encore en Italie une armée considérable : état de choses à peu près aussi fâcheux que la guerre. Ce traité parvint à Richelieu quelques jours après avoir été conclu, quand le péril du roi était à peu près dissipé. Le cardinal connaissait trop bien le père Joseph pour ne pas comprendre ce qui l’avait fait agir ; mais il n’hésita pas à le désavouer comme ayant outre-passé ses pouvoirs. L’article qui obligeait la France à ne secourir aucun des ennemis que pourrait avoir l’Autriche était radicalement incompatible avec les desseins bien connus de Richelieu. Il venait de traiter en secret avec Gustave-Adolphe, qui allait entrer en campagne et disputer l’Allemagne à l’empire. Il n’entendait pas abandonner un pareil allié. Il sentait d’ailleurs qu’il avait besoin d’étouffer l’envie et la haine sous l’admiration, et de faire de si grandes choses que la gloire de la France et la puissance du roi parussent attachées à sa propre fortune. Il désavoua donc son ambassadeur, envoya pour quelques jours dans son couvent le moine patriote, pour l’en faire sortir bientôt et lui rendre sa confiance et son amitié. En même temps il écrivit au maréchal de Schomberg de ne pas s’arrêter aux discours des diplomates et de marcher rapidement sur Casal, car la trêve venait d’expirer le 15 octobre, et la France reprenait toute sa liberté d’action. Grâce à Dieu, Schomberg n’avait pas attendu l’ordre de Richelieu. Au premier bruit du traité de Ratisbonne, le maréchal l’avait hautement désapprouvé ; il avait déclaré à Mazarin et aux ambassadeurs de Venise et de Mantoue qu’il ne l’exécuterait pas, et qu’en vertu de son droit, il allait recommencer les hostilités. Lui aussi en effet, comme tous les amis de Richelieu, comme le maréchal d’Effiat, comme le père Joseph, Je cardinal La Vallette, La Meilleraie, Chavigny et plus tard Mazarin, il avait par-dessus tout le cœur français, et ce patriotisme passionné sans lequel il n’y a ni grande nation, ni grand roi, ni grand ministre : admirable école où généraux et diplomates, prêtres et hommes d’état, travaillaient en commun à la grandeur de la France, sous le regard de celui qui était leur maître à tous, et leur donnait l’exemple de la vigilance, de la constance et d’un travail infatigable. Mais hâtons-nous de suivre les événemens qui se précipitent.