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nouveaux emprunts, et tel est le second système proposé par M. Bartholony.

Si l’état emprunte pour les compagnies, comme il agira sans concurrence aucune, et que ses emprunts auront pour but d’augmenter la richesse publique et pour gage la fortune des compagnies, M. Bartholony est persuadé qu’il pourra les faire à de bonnes conditions. On dit contre ce système : « Mais la rente ne se tient à un cours supérieur à celui des obligations que parce que le grand-livre n’est pas sans cesse ouvert ! Si on l’ouvre périodiquement, comme on sera obligé de le faire pour les besoins des compagnies, la rente baissera, et avec la baisse de la rente le bénéfice du système sera perdu. » Cette assertion n’est pas tout à fait exacte. Sans doute l’effet ordinaire des emprunts est de faire baisser la rente au-dessous de son taux normal : tel a été l’effet surtout des derniers emprunts ; mais il ne faut pas perdre de vue que ces emprunts, économiquement parlant, avaient pour but des dépenses complètement improductives. On empruntait 1 milliard 560 millions en 1854 et 1855 pour la guerre de Crimée, 500 millions en 1859 pour celle d’Italie. Ces emprunts ne pouvant avoir qu’une influence fâcheuse sur la richesse du pays, il était naturel que les cours s’en ressentissent, et d’ailleurs ils étaient faits au milieu des préoccupations de la guerre. Supposons des emprunts faits en pleine paix et ayant pour but d’augmenter la richesse publique comme ceux qu’on propose pour les chemins de fer : il n’est pas probable qu’ils exercent la même influence. De quoi s’agit-il au fond ? Il s’agit de demander aux épargnes du pays une somme de 2 milliards 500 millions en dix ans, soit 250 millions par an. Nous croyons qu’on peut aujourd’hui, en tenant compte de tous les élémens qui ont activé le progrès de la fortune publique, évaluer les épargnes annuelles de la France à une somme non inférieure à 700 millions ; ce n’est donc guère qu’un tiers de ses épargnes qu’il s’agit de lui demander pour les travaux les plus productifs, et ce prélèvement de 250 millions par an est d’autant moins susceptible de déprimer les cours, qu’il ne représente pas la moitié des capitaux qui viennent chercher aujourd’hui à la Bourse des placemens mobiliers. On l’a bien vu en 1859 ; malgré la guerre et concurremment à un emprunt de 500 millions, on a pu alors placer, sans faire fléchir les cours, pour 250 millions d’obligations. Ce n’est pas la charge d’un emprunt annuel de 250 millions qui est trop lourde pour les ressources du pays, c’est la façon dont elle est présentée qui la fait paraître ainsi. Si, au lieu d’une émission faite par les compagnies avec des titres variés et en concurrence à la rente, on n’avait plus qu’un seul titre à offrir aux capitaux disponibles, et que ce titre fût la rente émise par l’état