Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 30.djvu/909

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gularités de la monarchie. Le résultat de la période dont il s’agit fut le rétablissement du crédit espagnol. Si des mouvemens intérieurs, fruits de rivalités politiques et d’ambitions personnelles, rendirent encore les transactions onéreuses, du moins on sut qu’à certaines conditions il était permis de traiter avec l’Espagne, et de traiter en toute sécurité. Mais le crédit n’est qu’un instrument; quel usage devait-on en faire? quel usage en ont fait les conservateurs, investis depuis 1857 de la confiance de la reine, et en particulier le ministère que le maréchal O’Donnell préside depuis plus de deux années, et où M. Salaverria [1] occupe le département des finances? En Angleterre ou en France, dans des conditions semblables de sécurité et de durée, le pouvoir à qui il eût été donné de mettre en œuvre l’instrument du crédit restauré eût obtenu des résultats rapides et importans. En Espagne, les choses ne marchent point aussi vite. Ici toutefois une remarque préalable est de rigueur. L’opinion accréditée qu’il reste à l’Espagne de grands progrès à accomplir repose jusqu’à un certain point sur des données spécieuses; mais ceci n’est vrai que du progrès matériel. Sous le rapport religieux et moral, au point de vue même de l’instruction et pour ce qui touche à la bienfaisance, l’Espagne possède toutes les institutions qui existent chez les peuples les plus avancés. La preuve de cette assertion éclate à chacune des pages de ces budgets, dont on verra plus loin l’analyse. Ainsi même se trouve justifié notre goût pour ces modestes études de chiffres, qui éclairent en réalité d’une lumière si vive les mouvemens les plus intimes de l’existence des nations.

Jusqu’à présent, le tempérament du peuple espagnol, rebelle aux progrès matériels, ne semble point encore fait à cette existence laborieuse qui a surtout le gain pour mobile et l’accroissement de la consommation publique pour résultat. C’est là un obstacle véritable, contre lequel la bonne volonté du gouvernement vient trop souvent échouer. En vain il a prodigué les subventions et les encouragemens de tout genre aux concessions de chemins de fer, à la créa-

  1. M. Salaverria, dont le nom n’a peut-être pas en France le retentissement qui lui est dû, justifie par ses opinions progressistes modérées ce que nous avons dit de la politique expansive du maréchal O’Donnell. Le rang auquel il est parvenu dans les conseils de la reine en passant par tous les degrés de la hiérarchie administrative fournit un nouvel exemple du libéralisme d’un régime qui ouvre au mérite personnel l’accès des postes les plus élevés. Né en Castille en 1810, M. Salaverria occupa jusqu’en 1844 un modeste emploi. A cette date, il fut nommé official segondo à la comptabilité de Séville, puis appelé à la direction du trésor à Madrid, et devint ensuite sous-secrétaire d’état des finances sous M. Collado. Une première fois en 1856, il fut nommé ministre des finances, après avoir passé par la direction de la dette, le secrétariat de la banque San-Fernando et la direction d’outre-mer. Lors du retour aux affaires du maréchal O’Donnell en 1858, M. Salaverria reprit le portefeuille des finances.