Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/146

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Avec toutes leurs excellentes qualités, leur intelligence, leur ambition, leurs privilèges politiques, leur esprit de corps, on pourrait croire que les créoles dépassent les Yankees en civilisation et réussissent mieux dans les carrières de l’industrie, des lettres ou des arts. Il n’en est rien cependant, et l’on peut s’étonner à bon droit du néant de cette société qui possède de si magnifiques élémens de progrès. C’est l’arbre immense, à la puissante écorce, mais intérieurement tout rongé par les vers. Malgré leur vaste territoire [1], malgré le grand nombre d’hommes intelligens qui les représentent, les états du sud reçoivent en toutes choses l’impulsion ; ils obéissent au contre-coup des mouvemens politiques, religieux et industriels du nord. Presque tous les écrivains, tous les artistes des États-Unis sont nés dans les provinces septentrionales ou du moins y viennent résider ; sur sept inventions ou perfectionnemens soumis au bureau des brevets, six sont dus à des industriels yankees.

Afin de prouver l’incontestable supériorité des états libres sur les états à esclaves, il ne sera pas inutile de donner ici quelques résultats statistiques, malheureusement déjà anciens, puisque le dernier recensement publié date de l’année 1850. En 1790, le nord avait une population de 1,968,455 habitais, et la population du sud était de 1,961,372 âmes ; l’égalité était donc presque complète. entre les deux sections de la république. En 1850, les états à esclaves, auxquels s’étaient ajoutés dans l’intervalle la Louisiane, la Floride et le Texas, avaient une population de 9,612,769 habitans, dont 6,184,477 libres, tandis que les états du nord, sans aucun accroissement de territoire, offraient déjà une population, de 13,434,922 hommes libres. La moyenne des habitans était au nord, de 9 par kilomètre carré ; au sud, elle était deux fois moindre. Les statistiques prouvent aussi que le travail soi-disant gratuit, des esclaves est au contraire plus cher, que celui des hommes libres, puisqu’à égalité de dépenses il produit beaucoup moins. Ainsi l’hectare de terre cultivée (improved) vaut dans le nord de trois à quatre fois plus que dans le sud ; bien que les états à esclaves possèdent un territoire essentiellement agricole, les terrains cultivés y représentent une valeur de 5 milliards 1/2 seulement, tandis que les cultures des états libres sont évaluées à 10 milliards. 700 millions. Pour les manufactures, l’écart est encore bien plus considérable : le capital industriel du sud d’élève à 500 millions à peine, tandis que celui du nord atteint environ 2 milliards 1/2. ; les manufactures du seul état de Massachusetts dépassent en importance celles de

  1. La superficie des états à esclaves est de 2,184,399 kilomètres carrés, tandis que les états libres, y compris la Californie, ont une surface de 1,586,602 kilomètres carrés, les trois quarts seulement de celle des états du sud.