Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/157

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l’abolitioniste vaincu ; la Caroline du sud remporte le prix et s’en fait gloire. En Virginie, une convention s’assemble pour délibérer sur le genre de vengeance qu’il s’agit d’exercer contre les états républicains. Les gouverneurs de l’Ohio et de la Virginie, MM. Chase et Wise, menacent de se déclarer la guerre pour leur propre compte. Dans le sud, les employés de la poste, obéissant à la circulaire du directeur-général Holt, refusent d’expédier et brûlent même les exemplaires des ouvrages abolitionistes qu’ils reçoivent. Des assemblées de planteurs réclament tumultueusement l’expulsion de tous les étrangers, quelles que soient leur origine et leurs occupations, la cessation totale du commerce avec les états du nord, la rupture sociale absolue avec ces compatriotes ennemis. Un des principaux journaux de la Virginie offre 25 dollars par tête de membre abolitioniste du congrès et 50,000 dollars pour celle du sénateur Seward ; des assemblées publiques, des comités de vigilance des Carolines, de la Louisiane, du Mississipi, mettent également à prix les têtes de leurs ennemis les plus redoutés ; un gouverneur même, M. Lumpkin, de la Géorgie, offre 5,000 dollars pour un certain Garrison, éditeur du journal the Liberator. Dernièrement à Richmond, la foule essaie de saisir le correspondant du journal la Tribune jusque dans le cortège du prince de Galles. Bien plus, le principal organe de la Virginie, le Richmond Enquirer, au risque d’être signalé comme ouvertement coupable de haute trahison envers la patrie, propose une alliance offensive et défensive avec la France contre les états du nord ; il ne doute pas qu’en échange de la liberté absolue du commerce, la France ne consente à prêter sa flotte et ses armées pour le maintien de l’esclavage ! De leur côté, le Massachusetts et neuf autres états libres votent solennellement des lois qui abrogent celle du congrès sur l’extradition des esclaves fugitifs, et punissent de deux à quinze ans de prison et de 1,000 à 5,000 dollars d’amende tout officier fédéral coupable d’avoir fait exécuter la loi de la république. Le congrès lui-même est un champ clos où les partis ne s’occupent que de la question qui les divise, écartent toute discussion qui n’a pas rapport à ce redoutable fait de l’esclavage, laissent en souffrance les services publics, et parfois même n’ont pas le temps de voter le budget fédéral. Dans le sénat, un membre de ce corps auguste frappe un abolitioniste à coups de bâton et le renverse aux applaudissemens sauvages de ses amis, puis il donne fièrement sa démission et revient siéger triomphalement, réélu par acclamation. La scission, même avouée, pourrait-elle être plus complète, et la Caroline du sud avait-elle besoin de déchirer le drapeau fédéral ?

Tout semble donc annoncer que la crise dont nous venons de montrer la gravité approche de son dénoûment. Espérons que la réconciliation