Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/223

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extérieur ait triplé depuis trente ans, il n’est pas moins vrai que la fortune immobilière n’a pas suivi le même progrès, et que les propriétaires d’immeubles sont loin d’avoir doublé leurs revenus ; on pourrait même dire que depuis quelques années, et par suite des efforts portés presque exclusivement vers l’industrie et le commerce, les revenus du sol demeurent à peu près stationnaires, Admettons cependant que le progrès de la fortune mobilière forme une compensation suffisante, et qu’on soit en effet assez riche pour payer aujourd’hui un budget de 2 milliards aussi facilement qu’on payait un milliard il y a plus de trente ans : faut-il en conclure qu’il en sera toujours ainsi ? La fortune mobilière est celle qui jette le plus d’éclat sur un paya et qui répand le plus de bien-être, mais c’est aussi celle qui est le plus facilement atteinte. Qu’une crise un peu sérieuse se déclare, et immédiatement la situation de cette fortune est complètement changée : elle n’est pas détruite assurément, les usines, continuent, à exister, les marchandises, sont en magasin, et les chemins de fer restait debout avec tout leur matériel ; mais, comme les usines ne fonctionnent plus qu’à grand’peine, que les marchandises ne se vendent pas, et que les chemins de fer ont beaucoup moins de trafic, les revenus qu’on en tire sont considérablement diminués ; cependant c’est sur la continuité, sur l’augmentation même de ces revenus, qu’est établie le budget de 2 milliards. Un budget qui a besoin pour se tenir en équilibre de tous les revenus que donne l’extrême développement de la fortune mobilière est-il établi sur des bases bien solides ? Les revenus qui augmentent surtout avec le progrès de la fortune mobilière, avec la consommation, sont les revenus indirects : eh bien ! sait-on ce que deviennent ces revenus en temps de crise ? M. le rapporteur du budget de 1861 au corps législatif nous dit que de 1847 à 1848 ces revenus ont baissé de 824 millions à 683 millions, c’est-à-dire, diminué, de 141 millions. Aujourd’hui ces revenus atteignent 1,100 millions ; ils ont été de 1,094 millions, en 1859. Sait-on ce qu’ils deviendraient au lendemain d’une crise un peut sérieuse ? Le moindre ralentissement dans les affaires suffît pour en arrêter le progrès ; ainsi l’augmentation, qui avait encore été de 36 millions en 1858 sur 1857, n’a plus été que de 3 millions en 1859 sur 1858, et cela tout simplement parce que la guerre d’Italie avait jeté quelques inquiétudes dans les esprits.

On voit combien cette partie de la fortune publique est précaire et combien les calculs qui en dérivent peuvent être facilement dérangés. Supposons qu’au moment d’une guerre générale ou d’une révolution le chiffre des revenus indirects diminue de 200 millions : cette supposition n’a rien d’exagéré, comparée au chiffres auquel ces