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d’élan que quelques-uns ne le supposent. Les élections marseillaises sont intéressantes à plusieurs points de vue : elles font voir le parti que l’on peut tirer de l’action légale dans l’intérêt d’élections libérales ; elles donnent une idée des obstacles que les candidatures indépendantes doivent s’attendre à rencontrer dans l’influence considérable que le suffrage universel assure à l’administration ; elles fournissent un curieux échantillon des combinaisons que comporte dans le camp de l’opposition et dans le camp de l’administration l’état présent des opinions politiques dans notre pays.

Les élections municipales du mois d’août à Marseille avaient été annulées par un arrêt du conseil de préfecture. Ces élections avaient été entachées en effet de nombreuses irrégularités, de fraudes, de violations des lois. Quoique les élections du mois d’août n’eussent point donné lieu à une lutte très animée, les manœuvres répréhensibles qui y avaient été commises avaient appelé l’attention de quelques citoyens intelligens. Ceux-ci avaient fait acte d’initiative ; ils avaient dénoncé les vices flagrans de l’élection, et avaient mis, par l’action légale, le conseil de préfecture en demeure d’invalider le résultat faussé du vote. C’était une première victoire pour le libéralisme légal. Elle obligeait et encourageait ceux qui l’avaient obtenue à entrer plus résolument dans la lutte. Ils s’y sont présentés au nom de l’indépendance du suffrage Universel. « La condition vitale du suffrage universel, disaient-ils dans leur adresse, c’est l’indépendance des électeurs… En nous présentant sans désignation administrative, nous avons voulu que le choix des mandataires de la cité ne dépendît d’aucune autre initiative que celle du corps électoral. » Le nom d’un des membres les plus distingués du barreau marseillais, celui de M. Clapier, était en tête de la liste indépendante. M. Clapier, qui a été député dans la dernière chambre du règne de Louis-Philippe et président du conseil-général des Bouches-du-Rhône sous la république, a conduit cette campagne avec un grand zèle et une sagacité vraiment politique. Il s’agissait bien plus pour le parti libéral de faire une expérience vigoureuse du suffrage universel que de remporter la victoire du scrutin. L’arrêté du sénateur-administrateur des Bouches-du-Rhône, qui convoquait les électeurs pour le 15 et le 16 décembre, n’a été publié que le soir du 9, en sorte qu’il ne restait que cinq jours pour se préparer à l’élection, et il fallait composer une liste de trente-six candidats. À la difficulté du temps, le maire en avait gratuitement ajouté une autre. Par un arrêté du 10 décembre, il avait établi une division électorale de la commune toute nouvelle, sans faire connaître le principe de ce remaniement. La conséquence était que, pour savoir où ils devraient voter, les électeurs étaient forcés d’attendre qu’on leur envoyât leurs cartes. C’était aider singulièrement cette disposition indifférente dont le suffrage universel est depuis neuf ans accusé parmi nous. Toutes les cartes étaient loin d’arriver aux destinataires ; un grand nombre d’électeurs furent forcés de les réclamer par