Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/265

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Pour lui épargner les embarras du choix, on a bien voulu se charger de ce soin ; l’épouse qu’on lui propose est la princesse de Stolberg, dont la sœur vient de se marier précisément avec le fils aîné du duc de Fitz-James. Ces Fitz-James, il est vrai, étaient des bâtards de Jacques II ; mais le chef de cette branche quasi-royale était ce fameux Benwick, un émule de Vendôme et de Villars, un vaillant défenseur de la France contre l’Europe coalisée, et qui, nommé maréchal par Louis XIV, mourut en soldat sous Louis XV au siège de Philipsbourg. À coup sûr, il était bien autrement légitimé par ses victoires que ces enfans naturels du grand roi dont les princes du sang n’avaient pas dédaigné l’alliance. Il n’y avait donc rien dans cette combinaison qui pût empêcher Charles-Edouard d’accepter cette rente de deux cent quarante mille livres et de se prêter aux plans de la politique française.

Quels étaient ces plans ? Quel genre de services pouvait rendre Charles-Edouard ? Il est indispensable pour le savoir de rappeler sa vie en peu de mots. On était déjà bien loin du temps où le jeune prince avait pu soulever une guerre civile en Angleterre, et, par cette diversion inattendue, servir si énergiquement le succès de nos armes. En 1745, ayant vingt-cinq ans à peine, il aborde en Ecosse et paraît au milieu des clans. Sept officiers seulement l’accompagnent, et il n’a pour toute ressource qu’une cinquantaine de mille francs, dix-huit cents sabres, douze cents fusils ; quelques semaines après, il commande une armée de montagnards qui va grossissant d’heure en heure. Le voilà bientôt maître d’Edimbourg, et il écrase dans les plaines de Preston-Pans les troupes du général Cope (2 octobre). « Un enfant, dit le grand Frédéric, un enfant débarqué eu Ecosse sans troupes et sans secours force le roi George à rappeler ses Anglais, qui défendaient la Flandre, pour soutenir son trône ébranlé. » On connaît les tristes suites de cette expédition commencée d’une manière si héroïque et si brillante, on sait l’impuissance des efforts de Charles-Edouard, sa défaite à Culloden (27 avril 1746), sa fuite, ses aventures, les dangers continuels auxquels il dispute sa vie. Voltaire, ému de tant de courage et de malheurs, nous l’a montré errant à travers les Orcades, passant d’une île à l’autre pour échapper à la poursuite acharnée du duc de Cumberland, tantôt gagnant une île déserte et obligé de cacher sa barque derrière les rochers du rivage, tantôt enfermé de longs jours au fond d’une caverne, souffrant de la faim, exténué de fatigue, abattu par la maladie, attendant en vain des secours de France, ne recevant d’Angleterre que des nouvelles désastreuses, et le cœur déchiré par les cris de ses partisans, sur lesquels l’odieux Cumberland, le vaincu de Fontenoy, exerce d’épouvantables vengeances. Ce que l’on connaît beaucoup moins, c’est la seconde partie de sa vie dans la retraite que les