Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/325

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entreprises de domestication du poisson, et pour peu que les expériences soient bien conduites, le fruit en sera recueilli jour par jour au sein des plus modestes familles. De quoi s’agit-il en effet ? De se procurer pour tout mobilier de laboratoire le récipient le plus commun et de donner un utile emploi aux débris qui, faute d’être en quantités suffisantes pour nourrir des animaux de forte consommation, se perdent chaque jour dans les ménages et les jardins. Il n’est pas nécessaire d’attendre, pour se livrer à ces faciles occupations, des poissons de la valeur du gourami : il convient au contraire de commencer par les plus communs d’entre les nôtres. La carpe par exemple, qui se trouve partout, accepte avec avidité les pommes de terre, les racines écrasées, les feuilles des légumes et les moindres reliefs de la table et de la cuisine. Ne fît-on que la convertir par la stabulation en un agent de conversion de substances rebutées en substances profitables, une économie susceptible, d’une extension presque indéfinie serait obtenue. Il n’y a point à douter du succès. En Hollande, on a constaté que les carpes vivaient emmaillottées dans des mousses ou des herbes mouillées presque aussi bien que dans l’eau ; on en a nourri dans cette étroite prison, et l’on assure que chez elles, comme chez les oies que l’Alsace immole à la gourmandise des amateurs de foie gras, l’immobilité ajoute au développement de la chair et de la graisse. Proposer l’adoption d’une pratique aussi cruelle, ce serait se brouiller avec la société protectrice des animaux : aussi les résultats de cet extrême degré de la stabulation ne sont-ils invoqués ici que pour rassurer sur l’apparente témérité de procédés plus humains et moins raffinés.

Si l’écrevisse n’est pas la parente des poissons, elle est incontestablement leur voisine, et peut, à ce titre, prendre ici une humble place après eux. Ses habitudes sédentaires signalent en elle un des animaux aquatiques les plus propres à la stabulation, et elle ne peut pas différer sous ce rapport du homard. Celui-ci s’accommode fort bien de ce régime dans l’atelier de pisciculture de M. Guilhou à Concarneau et dans les nouveaux magasins des spéculateurs anglais. Notre compatriote a fait sur les hôtes de ses ateliers les observations les plus précieuses pour l’histoire naturelle ; nos voisins se contentent de gagner avec les leurs beaucoup d’argent. On voit dans les anses les plus ignorées de la côte septentrionale de la Bretagne de petits bâtimens anglais, aménagés exprès pour ce commerce, se charger périodiquement de homards recueillis dans les intervalles de leurs voyages par les pêcheurs du canton. Ces cargaisons étaient naguère directement transportées à Londres ; elles sont aujourd’hui emmagasinées dans des parcs maçonnés qui s’échelonnent de Torquay à Portsmouth : les homards s’y développent, s’y engraissent et