Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/336

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et ne leur en restituent qu’une faible part. Les bases immédiates de l’alimentation vont ainsi se rétrécissant de plus en plus.

Malgré tout ce que nous ignorons et tout ce qui nous échappe dans les élémens de la vitalité des végétaux et des animaux, des observations précises sont faites sur les absorptions et les déperditions des populations urbaines : elles se résument dans ce fait redoutable, que les eaux courantes, quel qu’en soit le volume, dépouillent perpétuellement la terre ferme des sels solubles dont elle est garnie pour les transporter à l’Océan. Que deviennent ces principes de vie quand ils sont noyés dans la masse des eaux du globe ? Il ne nous est pas toujours interdit de l’entrevoir. Souvent, au milieu des nuits les plus sombres, la mer resplendit de lueurs mystérieuses, les lames se panachent au loin de flammes dorées, les avirons font jaillir sous les eaux qu’ils refoulent des faisceaux d’étincelles et s’émergent en ruisselant de perles lumineuses, le sillage du vaisseau tourbillonne à perte de vue en reflets ardens. Cette phosphorescence de la mer provient d’animalcules microscopiques qui s’amoncellent en nuages dans l’Océan comme les vapeurs aqueuses dans l’atmosphère, et dont chaque mètre cube d’eau peut contenir un milliard, les poissons s’imprègnent des substances vitales dont sont composés ces infusoires : les uns les saisissent au passage dans les eaux douces, les autres vont les chercher dans les profondeurs marines, et c’est ainsi qu’ils sont les plus phosphores de tous les animaux. La pêche rapporte donc à la terre quelques parcelles des phosphates que soutirent continuellement de sa surface ou de son sein les lois de l’écoulement des eaux, et l’on s’en aperçoit à la vertu prolifique des populations ichthyophages. Cette circonstance place la pisciculture et la pêche sous un jour auquel on n’a peut-être pas accordé jusqu’ici toute l’attention qu’il mérite, et si les considérations qui précèdent sont fondées, le développement de la production du poisson serait pour la nation quelque chose de plus qu’un moyen ordinaire d’alimentation ajouté aux ressources qu’elle possède déjà.

On peut conclure des notions acquises sur l’action du phosphore dans l’économie animale que la multiplication du poisson est au premier rang des entreprises propres à corriger la fatalité de l’affaiblissement des populations, et que peu d’industries rendent à l’agriculture un service plus réel que celle qui, recueillant dans les pêcheries les débris de poisson, les convertit en engrais et reporte dans les champs un principe de vitalité qui s’en était échappé. Pour être moins algébriquement démontrées que les lois auxquelles obéissent les corps célestes, les lois qui limitent les forces des nations suivant les forces productives du sol ne sont ni moins positives ni moins rigoureuses ; les équations jouent un grand rôle dans le monde