Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/39

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allusion ; je suis le premier à dire que c’est quelque chose de grand et de beau que cette intime union d’un peuple avec son souverain. La société russe a raison d’être dévouée et susceptible et fière pour l’empereur ; mais s’étonnera-t-elle que je sois, moi aussi, susceptible et fier pour le roi ? C’est mon devoir de l’être, et l’empereur, j’en suis sûr, m’en approuve, et je dois peut-être à cela quelque chose de l’estime qu’il me fait l’honneur de me témoigner. Quant à la presse, vous savez bien que nous n’en répondons pas, que nous n’en pouvons répondre.

« M. DE KISSELEF. — Je le sais. Pourtant quand on voit, dans les journaux les plus dévoués au gouvernement du roi, les plus fidèles à sa politique, des choses blessantes, hostiles pour nous, il est impossible que cela ne produise pas quelque impression et une impression fâcheuse.

« Moi. — Je ne m’en étonne pas, et, quand cela arrive, je le déplore ; mais il n’y a pas moyen de tout empêcher. Comment voulez-vous d’ailleurs que les dispositions connues de l’empereur, son attitude, ses procédés, demeurent chez nous sans effet ? Ce dont vous vous plaignez cesserait, nous aurions du moins bien meilleure grâce et bien meilleure chance à le réprimer, si vous étiez avec nous dans des rapports parfaitement réguliers et convenables, et agréables au public français. J’ai livré dans nos chambres bien des batailles et j’en ai gagné quelquefois ; mais pourquoi me compromettrais-je beaucoup et ferais-je de grands efforts pour faire comprendre que le paragraphe sur la Pologne est déplacé dans les adresses et qu’il convient de l’en ôter ? On dit souvent, je le sais, que les procédés qui nous blessent de la part de l’empereur sont purement personnels, qu’ils n’influent en rien sur la politique de son gouvernement, et que les relations des deux états n’ont point à en souffrir. Quand cela serait, nous ne saurions, nous ne devrions pas nous en contenter. Est-ce qu’à part toute affaire proprement dite, les procédés personnels, les rapports personnels des souverains n’ont pas toujours une grande importance ? Est-ce qu’il convient à des hommes monarchiques de les considérer avec indifférence ? Quand nous y aurions été disposés, l’expérience de 1840 nous aurait appris notre erreur. Ce temps-là et ses affaires sont déjà loin ; on peut en parler en toute liberté. Pouvons-nous méconnaître que vous avez pris alors bien du soin pour nous brouiller avec l’Angleterre ? »

« M. de Kisselef m’interrompit en me répétant qu’il lui était impossible soit d’admettre, soit de discuter ce que je disais, et qu’il me priait de ne point considérer son silence comme une adhésion.

« Moi. — Soyez tranquille, je connais votre excellent esprit et je ne voudrais pas vous donner un moment d’embarras ; mais, puisque nous avons touché, je le répète, au fond des choses, il faut bien que