Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/429

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columbides [1] observés jusqu’ici ; il faudrait supposer que ces espèces sont toutes ou inconnues, quoique existant encore à l’état sauvage, ou entièrement éteintes, deux hypothèses également inadmissibles ; il faudrait supposer encore qu’une fois domestiquées, ces espèces sont incapables de retourner à l’état de liberté. Toutes ces suppositions sont en désaccord flagrant avec les faits connus, qui tous s’opposent à ce qu’on admette l’existence de pareilles espèces. — Enfin l’auteur tire une dernière preuve de l’unité d’origine pour toutes les races de pigeons de ce fait, que les plus éloignées peuvent se croiser entre elles et donner naissance à des métis indéfiniment féconds. Il y a là en effet une confirmation pleine et entière pour la conclusion qui ressort de tout ce qu’on vient de lire.

Sans nous arrêter à quelques autres espèces d’oiseaux dont l’histoire, moins complète que celle des précédentes, ne nous offrirait rien d’important, occupons-nous des mammifères. Plus qu’aucun autre, ce groupe a de quoi nous intéresser. C’est ici surtout que se rencontrent les analogies organiques, les similitudes physiologiques que nous signalions plus haut. En outre, l’intelligence y est naturellement plus élevée. Développée et parfois transformée par l’action de l’homme, elle nous présentera des faits non moins importans que ceux qui résultent d’un examen purement physique, et non moins propres à caractériser des races. C’est aussi chez les mammifères que nous trouverons les expériences les plus anciennes, les plus complètes que l’homme ait faites de son empire sur les animaux. Malheureusement de cette circonstance même résultent des difficultés plus grandes dans la solution du problème qui nous préoccupe par-dessus tous les autres. Plus l’action de l’homme sur une espèce a été directe, générale et continue, plus les altérations ont été nombreuses, profondes, et par suite plus il est difficile de remonter à la source originaire. Parfois même cette souche nous est encore inconnue. Il en est ainsi pour le bœuf par exemple. Aucun animal n’a été plus anciennement l’aide et le compagnon de l’homme : les Aryas l’avaient avec eux au sortir de leur première patrie ; en Chine, il apparaît dès les premiers âges comme animal de paix et de guerre ; le Zend-Avesta en parle comme d’un animal sacré ; en Égypte, il figure sur les plus anciens monumens ; il a suivi l’homme à peu près partout où le sol a pu fournir à sa nourriture ; chemin faisant, il a produit une multitude de races dont un grand nombre ont été minutieusement décrites et figurées, et il nous reste cependant à apprendre ce qu’est, le bœuf primitif, et quelle est sa patrie ; nous en sommes même à nous demander s’il existe encore, ou s’il a disparu complètement de la surface du globe [2].

  1. Nom commun à tous les oiseaux qui se rapprochent des pigeons.
  2. Buffon, Pallas et quelques autres naturalistes avaient regardé l’aurochs comme pouvant être la souche de nos bœufs domestiques. L’inspection du squelette a dû faire renoncer à cette idée. Cuvier attribua ce rôle au bœuf des tourbières, espèce aujourd’hui éteinte. Ce rapprochement a été abandonné même par Laurillard, l’élève si dévoué de Cuvier ; mais nous ne connaissons encore aucune espèce sauvage qui puisse être regardée avec quelque probabilité comme le bœuf domestique primitif.