Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/443

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plaisir d’en manier tous les ressorts, comment ne pas s’éprendre de cette organisation puissante et compliquée dont l’empereur a jeté les bases ? Comment ne pas se plaire à les décomposer pour ainsi dire et à les mettre pièce à pièce sous les yeux du public ? Mais n’ayez point d’inquiétude ; les préoccupations de l’homme d’état n’auront en rien refroidi la verve de l’écrivain. Loin de nuire à l’effet général, l’abondance des détails techniques servira au contraire à provoquer plus fortement l’émotion du lecteur. Après avoir assisté à la création laborieuse de la marine impériale, après avoir curieusement suivi sur nos chantiers le progrès de ces vaisseaux dont on s’est plu à nous décrire les degrés successifs d’avancement, nous les accompagnerons avec d’autant plus d’anxiété dans leurs premières courses et dans leurs premiers combats ; notre cœur se serrera en voyant, à la lugubre journée de Trafalgar, leurs intrépides équipages succomber sous les coups furieux d’un ennemi acharné et de la tempête, plus implacable encore. Instruits à fond de la composition des nombreux régimens de la grande armée française, tant de fois passés en revue devant nous, nous arriverons à reconnaître facilement, d’un bout de l’Europe à l’autre, leurs vieux drapeaux mutilés, et lorsqu’on nous les montrera, sous l’œil et sous la main de leur glorieux chef, manœuvrant à Austerlitz et à Wagram d’après les règles compliquées de la tactique moderne, il nous semblera presque relire, comme aux jours de notre jeunesse, les combats antiques des demi-dieux chantés par Homère.

Les exemples abondent et les notice se pressent sur les lèvres quand on songe à cette virile école, dont les talens se sont formés, agrandis et vivifiés au contact des affaires publiques. Quels modèles accomplis de science profonde et de narration élégante ont été offerts de nos jours par les hommes considérables qui n’ont pas cessé de partager entre la politique et la littérature les heures studieuses d’une vie noblement occupée ! les uns se sont servis de leur position officielle pour ouvrir au public les trésors de nos archives, mettant eux-mêmes la main à l’œuvre, tantôt pour relier par un récit grave et substantiel les pièces relatives aux plus importantes négociations du règne de Louis XIV, tantôt pour jeter l’intérêt le plus vif dans de simples et piquantes biographies. D’autres se sont créé des droits pareils à notre gratitude lorsqu’au lieu de tant de peintures de complaisance, ils nous ont enfin retracé la véridique et saisissante image de la convention et du directoire. Qui n’a présentes à l’esprit les études contemporaines de l’un des maîtres de l’art moderne, études charmantes, d’une inspiration si généreuse, si riches de faits, si colorées et si vivantes ! Mais l’histoire n’a pas eu seulement le bonheur de garder ses anciens adeptes, elle a fait