Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/459

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.




III

En arrivant le 6 janvier 1814 à Lunéville, et plus tard à Châtillon, où les conférences ne s’ouvrirent définitivement que le 4 février, le plénipotentiaire de l’empereur ne trouvait plus, il s’en fallait de beaucoup, les choses dans l’état où M. de Saint-Aignan les avait laissées en quittant l’Allemagne. Au ton évasif des premières lettres de M. de Metternich, mais surtout aux façons pleines de réserve et d’embarras que gardait obstinément avec lui l’envoyé secret du ministre autrichien, M. de Floret, le duc de Vicence eut bientôt l’occasion de sentir et de déplorer plus amèrement que jamais l’énormité de la faute commise par l’empereur lorsqu’il avait négligé d’accepter au plus vite, pour bases de négociation, les offres faites à Francforts Depuis deux mois, les événemens avaient rapidement marché ; de graves changemens politiques et militaires, tous fâcheux pour la France, avaient singulièrement modifié la situation respective des parties belligérantes. Les alliés avaient franchi le Rhin en violant la neutralité suisse. Entrées en France par le pont de Bâle, leurs armées avaient remonté les Vosges presque sans coup férir, et s’étaient avancées, sans rencontrer grande résistance, jusqu’à Chaumont et à Langres. Cette facilité bien inattendue à pénétrer sur notre territoire, en exaltant outre mesure la confiance des états-majors russe et prussien, avait grandi d’autant l’influence de l’empereur Alexandre sur les conseils de la coalition, tandis que la promptitude avec laquelle les Hollandais, soulevés tout à coup, étaient parvenus à secouer la domination française avait ouvert de nouvelles perspectives aux exigences de l’Angleterre. Maintenant que des faits nouveaux et si considérables avaient malheureusement donné raison aux espérances passionnées de nos plus ardens adversaires, il ne fallait plus s’attendre à voir renouveler les propositions de Francfort. Elles avaient été, dans un moment de sage circonspection, mises en avant de bonne foi par les cabinets étrangers, mais elles ne leur semblaient plus en rapport avec les circonstances nouvelles. La France ne les ayant pas acceptées en temps utile, les hommes d’état qui les avaient souscrites soutenaient, en invoquant les usages de la diplomatie, qu’ils étaient en droit de les considérer comme non avenues. Dépassé maintenant par les partisans de la guerre, M. de Metternich n’avait plus assez de crédit, qui sait même ? assez de bonne volonté, pour faire maintenir au profit de la France des conditions à grand’peine arrachées à ses collègues, et qui n’avaient jamais été populaires dans le parlement ni parmi le peuple d’Angleterre.