Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/472

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fâcheuses résolutions qui ont contribué à faire avorter le congrès de Châtillon. Un préjugé assez répandu veut que ce soit l’Angleterre dont nous ayons eu alors le plus à nous plaindre, et qui ait en toute occasion, mis en avant les prétentions les plus excessives. C’est le contraire qui est la vérité. Dans les pourparlers qui précédèrent la signature du traité de Chaumont, sans aucun doute le représentant de l’Angleterre joua le rôle principal ; mais s’il fut le plus influent, lord Castlereagh fut aussi, avec M. de Metternich, le plus modéré des plénipotentiaires étrangers. L’empereur de Russie au contraire ne craignit pas de se montrer intraitable au-delà de toute mesure. Au fond, Alexandre ne voulait d’aucun arrangement avec son ancien allié de Tilsitt, devenu son ennemi personnel. Il était décidé à élever toujours ses exigences en proportion des sacrifices consentis par Napoléon. Telle n’était pas la disposition de lord Castlereagh. Que les ministres anglais voulussent sérieusement traiter avec Napoléon, cela ressort non-seulement de leurs dépêches confidentielles, où maintes fois ils s’indignent des procédés de leurs collègues, qui tardent tant à s’expliquer avec M. de Caulaincourt [1], mais les instructions adressées de Londres au duc de Wellington en font également foi. C’était pour se conformer aux ordres de sa cour que le chef des forces britanniques, alors parvenu jusqu’auprès de Bordeaux, refusait de recevoir le duc d’Angoulême à son état-major, et déclarait, dans ses proclamations aux municipalités royalistes du midi de la France, a qu’il ne pouvait encourager la révolte contre un pouvoir établi avec lequel son gouvernement était actuellement en négociation [2]. »

  1. Voyez la correspondance de lord Castlereagh.
  2. Dépêches du duc de Wellington du 25 février, 3, 4, 7,10, 1, 14, 16, 18, 29 mars 1814. «… Je vous ai déjà dit, monsieur le maire, que les puissances alliées sont en traité pour la paix avec le gouvernement actuel de la France, entre autres les trois puissances dont j’ai l’honneur de commander les armées. Je crois aussi qu’on traite toujours à Châtillon ; je ne peux donc commander à des individus, ni aux autorités du pays, qui passent sous mes ordres par suite des opérations de la guerre, de faire un pas qui va les compromettre personnellement, surtout puisque, si la paix se fait, il faut que je cesse de leur donner des ordres que, dans les circonstances actuelles, il m’est permis de leur donner. » Lettre du duc de Wellington du 18 mars 1814.)
    « Il n’est pas vrai, comme le dit la proclamation de M. le maire de Bordeaux, que les Anglais, les Espagnols et les Portugais se soient réunis dans le midi de la France, comme d’autres peuples au nord, pour remplacer le fléau des nations par un monarque père du peuple. Il n’est pas vrai que ce ne soit que par lui que les Français puissent apaiser le ressentiment d’une nation voisine contre laquelle les a lancés le despotisme le plus perfide. Il n’est pas vrai non plus, dans le sens énoncé dans la proclamation, que les Bourbons aient été conduits par leurs généreux alliés. Je suis sûr que votre altesse royale n’a pas donné son consentement à cette proclamation, parce que c’est contraire à tout ce que j’ai eu bien souvent l’honneur de lui annoncer. » Lettre du duc de Wellington au duc d’Angoulême, Aix, 16 mars 1814.)