Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/644

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des limites bien autrement étendues que ne le font leurs analogues chez l’homme. Chacun sait que les teintes y sont beaucoup plus multipliées, et que de plus elles se mêlent ou se juxtaposent par plaques, par taches, par bandes, de cent manières qu’on n’observe jamais sur le corps humain. Ces différences ne sont pas les seules que les tégumens présentent d’une race à l’autre ; ils varient aussi en quantité. Nous avons des chiens à fourrure épaisse, tels que le chien d’Islande et le chien mouton, d’autres dont la peau est entièrement nue, comme la race improprement appelée race turque. Les bœufs présentent des faits tout semblables, et M. Roulin nous a appris qu’en descendant des Cordillères, on pouvait observer sur ces animaux tous les degrés de pelage, depuis le plus épais jusqu’à la nudité complète de la peau. Dans la région des graminées, les bœufs ont le poil remarquablement long et fourni ; dans les plaines de Neiba et de Mariquita, il s’est formé une race qui n’a plus que des poils fins et très rares. Ces bœufs, désignés sous le nom de pelones, ne sont pas recherchés, mais on les laisse vivre. Il n’en est pas de même des calongos, qui sont entièrement dépourvus de poils. Ceux-ci sont impitoyablement tués pour éviter qu’ils ne se reproduisent, et s’ils sont jusqu’ici restés à l’état de variété, s’ils n’ont pas formé une race, il est clair que c’est à cette précaution radicale qu’on le doit. Enfin chez les oiseaux, chez les mammifères, le plumage et le pelage changent de qualité selon la race. On sait que les derniers ont deux sortes de poils, la laine et le jar, auxquels répondent chez les premiers le duvet et les plumes. Dans nos moutons à laine fine d’Europe, le jar a complètement disparu, excepté sur le museau, les oreilles, les pattes ; il existe seul au contraire sur les moutons du Sénégal, de Guinée, et peut encore être long ou court selon la race. Des faits pareils ont été observés chez les oiseaux. Dans l’Amérique méridionale, les poulets n’ont pas de duvet. En revanche, la poule de soie du Japon, retrouvée peut-être un moment par Mme Passy [1], est couverte seulement d’un duvet fin, soyeux, et manque entièrement de plumes. Ainsi, dans les deux classes d’animaux qui fournissent presque toutes nos espèces domestiques, les élémens du plumage ou du pelage peuvent se substituer à peu près complètement l’un à l’autre ;

  1. En 1852, Mme Passy, qui élève en grande quantité des poules cochinchinoises, vit apparaître au milieu de ses couvées d’arrière-saison une vingtaine d’individus semblables aux autres en tout point, « ai ce n’est qu’il ne leur poussa jamais de plumes, et que le duvet qui les couvrait était si épais et si doux qu’il ressemblait an poil d’un chat, poil dans lequel ces poules paraissaient très satisfaites de laisser passer un peigne fin. » Un pareil fait parait s’être produit à la même époque chez M. Johnson. Il est bien vivement à regretter qu’on n’ait pas cherché à conserver cette race d’oiseaux couverts de poil. Nous aurions eu là l’exemple d’une race très curieuse dont la date de naissance eût été parfaitement connue, ce qui est rare.