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des invasions suivies d’émigrations en masse. Personne n’ignore que les habitans de ces îles, en apparence isolées les unes des autres, avaient des notions précises sur la géographie de la Polynésie entière, et que Maï, le Tahitien qui avait suivi Cook, put en dresser une carte d’une remarquable exactitude pour l’ensemble. À côté de ces faits généraux viennent se placer les faits particuliers recueillis par presque tous les grands navigateurs, et qui montrent comment les orages imprévus, les tempêtes venant rompre l’uniformité des vents sur lesquels comptaient des hommes de mer, ont amené d’une terre à l’autre, et parfois à d’immenses distances, un certain nombre d’individus. Maï retrouva à la Nouvelle-Zélande trois de ses compatriotes qu’un accident de cette nature y avait amenés douze années auparavant. Beechey a constaté un fait entièrement analogue. La possibilité du peuplement de la Polynésie par migrations est donc pleinement démontrée. Ce fait est d’ailleurs admis comme incontestable, en Amérique même, par les hommes qui se tiennent en dehors des exagérations polygénistes. M. Hale, le compagnon du capitaine Wilkes, a pu préciser l’époque approximative de plusieurs de ces migrations, et il en a dressé une carte dont l’ensemble au moins présente des garanties réelles de vérité.

L’histoire ethnologique de l’Amérique est bien plus compliquée que celle de l’Océanie. Cette vaste terre n’est plus habitée par une seule race d’hommes ; elle en renferme au contraire un très grand nombre. Or la plupart présentent à un haut degré les caractères des races mixtes résultant des croisemens des principaux types qu’on observe dans l’ancien continent. En outre les caractères qu’on a regardés comme le plus essentiellement propres aux indigènes d’Amérique ne sont jamais communs à tous ; enfin ces mêmes caractères se retrouvent chez certaines populations de l’ancien monde. Le teint rouge ou cuivré, par exemple, est une exception parmi les tribus de l’Amérique méridionale. Humboldt en avait déjà fait la remarque ; mais Alcide d’Orbigny surtout a fort bien montré que sur ce vaste territoire le teint des indigènes est généralement ou jaune ou brun olivâtre, et que le mélange de ces deux couleurs rend compte des différences signalées par les voyageurs. En revanche, le teint plus ou moins cuivré se retrouve sur la côte orientale d’Asie, dans la presqu’île de Corée, dans l’Asie méridionale chez diverses populations malaises, en Afrique chez les Abyssins, les Peules, et plusieurs tribus mélangées qui s’étendent à travers le Soudan, de î’Abyssinie jusqu’au Sénégal et à la Guinée supérieure.

L’étude des caractères physiques conduit donc à admettre que l’Amérique a été peuplée par des émigrans partis de l’ancien monde et appartenant de près ou de loin aux trois races principales que présente celui-ci : la blanche, la jaune et la noire. Ces émigrations