Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 35.djvu/185

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affaires s’est endormi, que cette machine, véritable bureau de poste voyageur, passe comme un tonnerre, enlevée par un cheval de fer qui gronde et qui siffle. A l’intérieur, le lourd et large véhicule sans fenêtres est éclairé par un rang de lampes qui jettent une vive lumière. Toute la longueur de cette chambre roulante est occupée par des cases, les unes plus petites qui servent à mettre les lettres, les autres plus grandes et situées au centre, sur lesquelles on dépose les journaux. Vous devinez bien en effet que les mains des employés ne restent point oisives tandis que le dragon de feu dévore l’espace à raison de quarante milles par heure. Ils s’occupent à ouvrir les sacs, à trier les lettres et à les ranger dans des boîtes portant l’étiquette des villes qu’on doit traverser. C’est alors dans le bureau mouvant un bruit de rat tat, comme disent les Anglais, aussi ferme et aussi régulier que celui d’une trentaine d’horloges fonctionnant dans la même chambre. Le wagon-poste ne fait point à toutes les villes l’honneur de s’arrêter devant elles; l’échange des lettres à recevoir ou à délivrer se fait alors, tout en courant, par des moyens mécaniques. Le conducteur touche un ressort, et aussitôt s’abaisse un large et solide filet qui se déploie sur un des flancs du wagon ; un bras de fer mû par une poulie s’avance en tournant dans la voiture, saisit l’épais sac de cuir dans lequel se trouvent les dépêches prêtes à être distribuées, puis le dépose à la porte de la station ; en même temps le filet ramasse un autre sac (quelquefois même plusieurs) contenant les lettres et les journaux qui doivent être divisés entre d’autres villes sur le reste du parcours de la ligne. On s’arrête pourtant quelquefois, mais c’est alors sur un point du chemin de fer vers lequel convergent beaucoup d’autres embranchemens, et nous nous trouvons en conséquence au milieu d’un encombrement de sacs, de paquets, de ballots, qui garnissent la plate-forme de la station. Tout cela ne tarde point à disparaître, tant les hommes travaillent avec ardeur, car ici tout doit être fait à la minute, et la sombre machine repart comme éperonnée par le démon de la nuit, emportant avec elle un travail nouveau pour les employés.

Vers le même temps où la vapeur allait donner des ailes à la poste, d’autres réformes d’une portée morale encore plus grande s’introduisirent dans la législation anglaise. En 1836, le stamp duty on newspapers, droit de timbre-poste sur les journaux, se trouva réduit de 4 pence à 1 penny. Il est inutile de s’arrêter à l’influence qu’exerça cette mesure libérale sur le développement de la presse britannique. Ce ne fut pas seulement le nombre des feuilles volantes qui s’accrut dans une proportion considérable, ce fut aussi la circulation. Il faut savoir qu’aujourd’hui le même numéro de journal passe souvent trois ou quatre fois par les mains de la poste, envoyé qu’il est d’une personne à l’autre en vertu d’une convention